Architecte d’intérieur née en 1995, Sarah Smahane interroge l’héritage silencieux de l’immigration et la manière dont les générations suivantes habitent cet espace fragile entre deux cultures.
« J’ai grandi à Orléans, dans une famille marocaine, entre deux univers qui coexistent sans toujours se rejoindre. Ma série In Between est née de ce sentiment que beaucoup d’enfants d’immigrés connaissent : celui de grandir entre plusieurs mondes, sans appartenir totalement à un seul. En France, il fallait parfois s’effacer, oublier sa langue, ne pas la parler trop fort, mettre de côté une part de soi pour s’intégrer. Mes parents ont travaillé toute leur vie et ont été déchirés par l’éloignement avec leur famille. Mon travail porte aussi cette dimension militante : rendre visibles ces trajectoires discrètes.
J’ai commencé cette série fin 2019 en replongeant dans les archives photographiques de ma famille, entre la France et le Maroc. Je regrette de ne pas avoir posé plus de questions à mon grand-père, qui avait vécu à Paris dans les années 1950 et 1960. Alors je me suis mise à interroger les images. Je les agrandis et j’écris dessus à l’encre de Chine avec les alphabets arabe, latin et tifinagh. Ces écritures s’entrelacent et mêlent passé et présent, pour me rappeler que même mes ancêtres non venus en France ont joué un rôle dans ce départ. Ce geste traduit ma propre pluralité. Mon travail parle de cet endroit invisible où se construit l’identité : l’entre- deux, cet espace sans frontières mais chargé de mémoire. »
Propos recueillis par Najat Saïdi

Série In Between, photographies d’archives et encre de Chine, 50 x 60 cm

Série In Between, photographies d’archives et encre de Chine, 50 x 60 cm

Série In Between, photographies numériques et encre de Chine, 45x80cm

Série In Between, photographies numériques et encre de Chine, 45x80cm

Série In Between, photographies numériques et encre de Chine, 45x80cm