La rétrospective « Seeking forever » de la peintre-plasticienne Ahlam Lemseffer présentée à Casablanca revient sur un parcours exigeant, marqué par la quête d’un art épuré, ayant toujours l’humain en ligne de mire.
Depuis deux ans, les galeries casablancaises proposent des expositions ambitieuses permettant de mettre en perspective les travaux d’artistes majeurs. Après Bouchta El Hayani à L’Atelier 21, Mustapha Hafid à la Galerie 38, Monia Touiss à Eden Art Gallery ou Karim Bennani à AA Gallery, anciennement African Arty, cette dernière propose un ensemble d’œuvres de l’artiste Ahlam Lemseffer couvrant les années 1990 à aujourd’hui. Dans un espace entièrement rénové, agrémenté de nouvelles cimaises convaincantes, le visiteur découvre une série peu connue de paysages peints à l’huile dont la touche impressionniste, aux couleurs vives, frappe le regard. Cette intensité expressive suggère déjà la volonté d’en découdre avec les effets de réel de la peinture et les impasses d’une représentation purement figurative.

En 1997, l’artiste participe au Sarajevo Festival, et restera durablement marquée par les désastres de la guerre que son regard enregistre, non sans effroi. La série « Back to Sarajevo » voit alors sa peinture s’embraser ; les paysages prisés jadis implosent sous nos yeux dans des éclats de couleurs rouge et bleue, et une défiguration du motif. En témoigne la toile Mémoire Vive II présentée à l’occasion de la foire 1-54 de Marrakech que l’on retrouve ici avec plaisir. Ces toiles rougeoyantes transposant le chaos de la guerre signent alors l’abandon par l’artiste d’une figuration littérale. Aux antipodes d’une peinture qui aurait trouvé sa technique et se contenterait de répéter le même motif, la peinture de Ahlam Lemseffer s’apparente à une quête de l’absolu et d’un idéal pictural la conduisant dans les années 2000 à travailler les effets de transparence, dans la lignée d’un Fouad Bellamine auquel certaines œuvres telles que L’attente claire ou Voile claire peuvent faire penser pour leur dimension figurale.

Depuis, la peintre, adepte de sculptures ou de bas-reliefs, privilégie des œuvres plus abstraites investissant les couleurs bleue et noire qui se démarquent souvent d’une simple ligne d’horizon ou verticale, conviant à une méditation apaisée. « Elle nous invite à considérer la peinture non comme un miroir du monde, mais comme son laboratoire alchimique, où le noir du réel rencontre la lumière du sens », écrit justement Maud Houssais dans le catalogue d’exposition. Des bas-reliefs récents laissent enfin deviner des formes anatomiques épurées, comme une invitation à relancer toujours les dés de la création.
Olivier Rachet
Exposition « Seeking forever » d’Ahlam Lemseffer, AA Gallery, Casablanca, jusqu’au 27 mars 2026

The retrospective Seeking Forever, dedicated to painter and visual artist Ahlam Lemseffer in Casablanca, revisits a demanding practice shaped by the pursuit of a distilled language in which the human figure remains the constant horizon.

Over the past two years, Casablanca’s galleries have mounted a series of ambitious exhibitions reframing the work of major artists. Following presentations of Bouchta El Hayani at L’Atelier 21, Mustapha Hafid at Galerie 38, Monia Touiss at Eden Art Gallery, and Karim Bennani at AA Gallery (formerly African Arty), the latter now brings together works by Ahlam Lemseffer spanning the 1990s to the present day. In a fully renovated space fitted with new display walls, visitors encounter a little-known group of oil landscapes whose vibrant, almost Impressionist brushwork immediately commands attention. Even here, the expressive intensity signals a desire to move beyond the mimetic effects of painting and the limitations of strict figuration.
In 1997, the artist took part in the Sarajevo Festival and was profoundly marked by the devastation of war she witnessed there. With the series Back to Sarajevo, her painting ignites: the landscapes once central to her practice implode into shards of red and blue, the motif itself disfigured. The canvas Mémoire Vive II, previously shown at the 1-54 Marrakech fair and presented again here, bears witness to this shift. These incandescent works, translating the chaos of conflict, mark Lemseffer’s decisive abandonment of literal representation.
Far removed from a practice content to repeat a mastered formula, Lemseffer’s work unfolds as a search for an absolute, an ideal of painting that in the 2000s led her to explore transparency effects. Certain works, such as L’attente claire or Voile clair, recall Fouad Bellamine in their figurative resonance.
Since then, the painter—also working in sculpture and bas-relief—has favored more abstract compositions dominated by blue and black, often structured by little more than a horizon line or a vertical axis, inviting quiet contemplation. “She asks us to consider painting not as a mirror of the world but as its alchemical laboratory, where the blackness of reality meets the light of meaning,” writes Maud Houssais in the exhibition catalogue. Recent bas-reliefs finally reveal pared-down anatomical forms, as if perpetually reopening the game of creation.
Olivier Rachet
“Seeking Forever,” Ahlam Lemseffer, AA Gallery, Casablanca, through March 27, 2026
