Prix Mustaqbal: une scène en pleine effervescence // An artistic scene buzzing with creative energy

Quinze finalistes, trois lauréats et une scène émergente qui s’affirme. Le Prix Mustaqbal 2025, exposé à la Fondation TGCC, révèle les préoccupations et les horizons d’une nouvelle génération d’artistes marocains. English below on mobile.

Au vernissage des finalistes du Prix Mustaqbal, la moyenne d’âge des visiteurs en disait long : ce prix, lancé il y a bientôt cinq ans par la Fondation TGCC, séduit un public Gen-Z, pourtant plus enclin à inventer ou à vivre la culture en dehors des cadres institutionnels. Pari réussi donc pour la fondation. D’autant que les candidats se font de plus en plus nombreux : pour le cru 2025, quelque 212 dossiers ont été reçus, dont 15 ont finalement été shortlistés par le jury de professionnels. « La sélection cette année est extrêmement diversifiée, explique Hicham Bouzid, fondateur de Think Tanger et membre du jury, ce qui offre un bon aperçu de la scène émergente dans les arts visuels au Maroc ». Photographie, dessin, installation, peinture, la 5e édition intitulée « En.core » s’est voulue en effet très libre, n’imposant aucune restriction de médium ou de sujet. « En.core n’est pas une thématique mais un titre pour marquer le retour chaque année d’un prix qui, en cinq éditions, a su s’imposer et durer », explique Othmane El Farsi, responsable développement et patrimoine de la fondation. Le titre résonne aussi avec core, image d’un noyau à partir duquel s’organise un réseau et se construit une scène artistique. 

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Vue de l’exposition En.core à l’espace d’art Artorium.

L’exposition des finalistes, âgés de 18 à 35 ans, est en conséquence très éclectique. Tout comme les lauréats : Aymane El Gadi repart avec le premier prix pour sa série Snadala. « Il a fait l’unanimité », remarque le galeriste Hassan Sefrioui. Ce qui frappe, sans aucun doute, c’est la virtuosité du trait de ce jeune artiste originaire de Salé. Il dessine des halouma, métonymie de son enfance, qu’il accompagne de poèmes retraçant avec beaucoup de finesse les souvenirs qui y sont associés. « La narration qu’il construit et la rythmicité de ses textes sont remarquables », note Ymane Fakhir, fondatrice de l’espace Daret où Aymane El Gadi effectue actuellement une résidence. Il est suivi de Mouna Ahizoune, qui confectionne des sculptures à partir d’argile de sa région natale et de plaques de schiste qu’il suffirait, semble-t-il, d’effleurer pour qu’elles s’émiettent. « Mouna Ahizoune investit la sculpture comme prolongement de sa double réflexion sur sa culture amazighe et la présence du corps féminin dans nos sociétés », souligne Abdellah Karroum qui rappelle que la compétition fut cette année serrée. Le troisième prix revient à la photographe Louisa Ben, qui nous ouvre les portes de l’intimité de jeunes femmes, amies ou sœurs, laissant transparaître leur complicité dans des gestes empreints de douceur. Un bel hymne à la sororité servi par une maîtrise de la lumière indéniable. 

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Aymane El Gadi, Série Sndala – Sans titre, 2025, graphite sur papier 300g, 50 × 50 cm

Consolider la scène émergente

Au-delà des lauréats, ce prix qui agrège toute l’énergie de la scène émergente est aussi l’occasion de découvrir des nouvelles individualités avec des parcours et des propositions singulières. Safae Labzae, architecte de formation, confectionne des collages sur bâche ou sur cuir où transparaît son expérience de créatrice de décors pour le cinéma. Ses paysages désertiques, ponctués d’éléments épars comme surgis d’un rêve, rappellent les immensités arides des films western. On notera les compositions abstraites de Yasmine Amal, portées par la nervosité du geste pictural. La force de ses couleurs éthérées et le foisonnement des traits happent le spectateur aspiré dans un vertige chromatique. À côté de ces peintures et dessins, les propositions photographiques de l’exposition « En.core » démontrent combien ce médium s’impose comme un terrain d’élection pour la jeune scène, qui l’aborde avec une aisance remarquable. Que ce soit les instantanés de rue en noir et blanc d’Adnane Zemmama ou les paysages d’une beauté froide et mélancolique de Hind Moumou. « J’ai une fascination pour les moments de transition, ces instants où le monde oscille entre deux états, suspendu entre la réalité tangible et l’insaisissable », expliquait-elle dans nos pages l’an dernier. En attendant la prochaine édition, une chose est sûre, le prix Mustaqbal s’avère être aujourd’hui le principal soutien à la jeune création au Maroc. Avec des récompenses allant de 10 000 à 35 000 dirhams et un solo show à la clé pour le grand gagnant, la Fondation TGCC contribue à bâtir les conditions d’une scène émergente plus solide et plus visible. 

Emmanuelle Outtier

« En.core », Espace Artorium, Casablanca, jusqu’au 31 octobre 2025.

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Dhiaa Biya, A Continuous Act of Rememberance 1, 2025, installation photo/vidéo, 40 × 40 cm
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Hind Moumou, Find me by the monobloc chair, 2025, photographie digitale, 75 × 50 cm
Fifteen finalists, three prizewinners and a rising generation finding its voice. The 2025 Mustaqbal Prize, on view at Fondation TGCC in Casablanca, offers a telling snapshot of the concerns and ambitions driving Morocco’s emerging artists.
At the opening, one detail stood out: the age of the crowd. Launched almost five years ago, the prize has managed to draw a predominantly Gen-Z audience — a demographic more inclined to invent its own cultural spaces than to occupy institutional ones. That alone signals the wager is paying off for the Foundation. This year 212 applications were submitted, with 15 shortlisted by a jury of professionals. « The selection this year is extremely diverse », said Hicham Bouzid, founder of Think Tanger and a jury member. « It gives a strong overview of Morocco’s emerging visual arts scene.»
This fifth edition, titled « En.core », imposed no thematic or medium-based constraints: photography, drawing, installation and painting all shared the walls. « En.core is not a theme, noted Othmane El Farsi, the foundation’s Head of Development. It’s a title that marks the return of the prize each year and a way of signaling that it has now taken root.» The title also nods to the idea of a core: a nucleus around which networks form and a scene coheres.

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Anas Guermouj, Inarat Al Aarch – Série C 3, 2025, technique mixte sur bois, 50 × 50 × 10 cm

What followed was, indeed, a highly eclectic exhibition of artists aged 18 to 35 — and an equally eclectic list of winners. First Prize went to Aymane El Gadi for his series Snadala. « He was the unanimous choice », said gallerist Hassan Sefrioui. His skill is undeniable: El Gadi draws halouma — metaphors of his childhood — accompanied by finely wrought poems that revisit memories with tact and tenderness. « The narrative he builds, and the rhythm of his writing, are remarkable », added Ymane Fakhir, founder of the Daret art space where the artist is currently in residence.
Second Prize was awarded to Mouna Ahizoune, whose fragile sculptures combine clay from her native region with shale plates that seem ready to crumble at the slightest touch. « Her work expands sculpture into a reflection on Amazigh culture and the presence of the female body in our societies », noted curator Abdellah Karroum, adding that the jury’s deliberations were tight this year. Third Prize went to photographer Louisa Ben, whose images invite viewers into the private worlds of sisters and friends, capturing gestures of intimacy and quiet sorority.

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Vue de l’exposition En.core à l’espace d’art Artorium.

Consolidating an emerging scene
Beyond the winners, the Mustaqbal Prize has become a yearly barometer of Morocco’s young art scene and a crucial platform for spotting new voices with distinct paths and proposals. Safae Labzae, trained as an architect, presented collages on tarp and leather, infused with her experience designing film sets. Her dreamlike desert landscapes, dotted with objects that seem to have blown in from another reality, recall the wide horizons of Westerns.
Yasmine Amal offered abstract compositions driven by a brisk, nervous brushstroke. The tension between her ethereal palette and dense mark-making pulls the viewer into a chromatic vertigo. And this year’s finalists confirmed something else: photography has become a medium of choice for this generation. Black-and-white street scenes by Adnane Zemmama and the stark, melancholic landscapes of Hind Moumou demonstrate a confident grasp of the medium.
One thing is clear: the Mustaqbal Prize has quickly become a central pillar of support for young artists in Morocco. With awards ranging from 10,000 to 35,000 dirhams and a solo exhibition for the top winner, Fondation TGCC is helping lay the groundwork for a stronger, more visible emerging art landscape.
Emmanuelle Outtier

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Aymane Ait Yahya, عتبة – Aataba, 2025, fusain sur papier, 152 × 152 cm

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Vue de l’exposition En.core à l’espace d’art Artorium.
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Aymane Ait Yahya, عتبة – Aataba, 2025, fusain sur papier, 152 × 152 cm
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Mouna Ahizoune, Asguin-Tin, 2023, sculpture, argile et schiste cuits, dimensions variables