En 2025, Fatima Mazmouz s’affirme comme l’une des voix importantes de la scène contemporaine marocaine. Représentés au sein d’expositions prestigieuses en Europe et aux États-Unis, ses projets autour de la mémoire, du corps et de l’identité gagnent en profondeur et en visibilité.
Le corps féminin comme terrain d’exploration
Née à Casablanca en 1974, Fatima Mazmouz développe une œuvre où le corps, notamment féminin, devient un lieu de mémoire, de résistance et d’exploration post-coloniale. Sa pratique mêle photographie, installation, performance et vidéo. Les séries Les Utérus de mon Père, Super Oum Vulvalavie, H.Eros-Résistantes ou Figures de Sorcières témoignent de sa capacité à articuler esthétique, symbolisme vernaculaire et réflexion socio-historique. Au-delà de la simple représentation, son travail transgresse les limites et substitue aux récits imposés des récits recomposés : ceux des corps invisibilisés, des tabous et des identités hybrides.

Courtesy de l’artiste et de la Galerie 127
En 2025, une visibilité confirmée
L’année 2025 semble être un très bon cru pour Fatima Mazmouz. Un tirage de sa série Les Utérus de mon père est entré dans la collection du Mucem de Marseille et figure dans le premier opus de l’exposition permanente – « Méditerranées, Épisode 1 : Inventions et Représentations » – qui sera montré jusqu’en 2026. En juillet, elle participait également à la 56e édition du Festival d’Arles au sein de l’exposition collective « Interférences : un certain regard sur la photographie marocaine », avec la série H.Eros-Mauresques. Toujours dans le sud de la France, on la retrouvait au printemps dans l’exposition « L’Amour des Bêtes » à la Chapelle du Quartier Haut de Sète avec Esoter, un autoportrait en sorcière mangeuse de poulet qui interroge le bestiaire comme allégorie du sauvage. Côté marocain, la série H.Eros-Résistantes Mauresques et Thanatos a été montrée au Salon international du livre à Rabat en avril dernier dans l’exposition « Fragments de mémoire ». Outre-Atlantique, c’est le Scottsdale Museum of Contemporary Art (Arizona) qui expose la série H.Eros – Résistantes, Mon Album de Famille dans un group show qui explore le féminisme contemporain, la parentalité et les identités résistantes.Côté prix
Fatima Mazmouz est historiquement représentée par la Galerie 127 de Nathalie Locatelli, qui diffuse ses œuvres à des prix oscillant entre 1 500 et 6 000 € selon le format et l’édition. Le Centre national des arts plastiques (CNAP) en France a ainsi acquis en 2021 un ensemble de huit tirages de la série des Monts et des mères veillent à 16 500 €. Pour un tirage de son emblématique série Bouzbir, qui a enflammé l’intérêt du public et de divers collectionneurs – notamment exposée à Paris Photo en 2018 et parue en Une des pages culture du quotidien Libération –, il faut aujourd’hui compter 4 000 € (moyen format).
Le nombre de ventes publiques ou d’enchères médiatisées reste modeste, ce qui signifie que, même si ce travail se vend en galerie depuis les années 2010, le second marché en revanche est encore en émergence. Cette phase pré-cote est souvent celle qui offre les meilleures opportunités de progression, si la reconnaissance continue de monter.Le bon moment pour acheter
Acheter une œuvre de Fatima Mazmouz aujourd’hui, c’est profiter d’un double mouvement : d’un côté, l’artiste est déjà bien implantée depuis les années 2010 dans les institutions muséales et les expositions internationales, et son travail jouit d’une excellente réputation. De l’autre, la demande commence à croître, mais les prix ne sont pas encore ceux d’un marché saturé. Les thèmes qu’elle explore – mémoire, corps, genre, altérité – sont très valorisés non seulement esthétiquement, mais aussi socialement, car ils résonnent avec des enjeux contemporains forts. En outre, ses expositions actuelles rendent ses œuvres plus visibles, plus recherchées, ce qui tend à préparer une montée de cote déjà amorcée.
PAR MERYEM SEBTI