Fraîchement diplômée des Beaux-arts de Tétouan, Mouna Ahizoune nous accueille à Rabat pour son open studio à L’appartement 22, où elle nous dévoile le fruit de ses quinze jours de résidence.
« La relation entre la mémoire et le corps m’a toujours fascinée. Je me suis souvent retrouvée à questionner la façon dont les souvenirs parviennent à s’ancrer profondément en nous, sans pour autant être concrets. Je suis convaincue que plus le cumul mémoriel que nos corps comportent est significatif, plus leur dimension tragique s’amplifie. Cette idée d’associer le corps à la tragédie m’est venue alors que je contemplais les pieds de ma mère. Ces membres, les premiers à ressentir le contact de la terre, supportent toute la pesanteur de notre existence et résument pour moi l’essence de la tragédie humaine. Je base toujours mes recherches et travaux sur la performance ; je pars d’un langage purement corporel pour aboutir à des productions visuelles, que ce soit en dessin, photographie ou installation. J’essaie également d’introduire différentes matières et médiums, comme dans ce projet avec l’asguin, une roche sédimentaire argileuse présente abondamment dans la région où j’ai grandi, dont la texture à la fois rigide et fragile, ainsi que la couleur, m’ont permis de concrétiser mes idées. Mon corps est mon terrain d’expérimentation principal, je m’en sers pour explorer, pour repousser les limites et remettre en question ma réalité. »
Propos recueillis par Insaf Benali

