Son univers est reconnaissable entre mille. Chez Mohamed Lekleti, les corps se contorsionnent, s’agrègent parfois, comme écrasés par un destin sans issue. Pour sa première exposition à la Galerie 38, l’artiste convie Matthieu Lelièvre, directeur des collections du Musée d’art contemporain de Lyon, et déploie son vocabulaire plastique autour de trois axes : la frontière, le jeu et le mythe. L’œuvre de Lekleti est volontiers associée à l’onirisme et à la mise en scène de l’inconscient. Jung comparait le rêve à un théâtre, une analogie d’autant plus intéressante que l’artiste, avant de se consacrer à la peinture, a étudié le cinéma. Ses compositions dégagent une théâtralité latente, où des chiffres disséminés agissent tels des repères énigmatiques : ils scandent l’espace pictural, fragmentent l’action et ouvrent au spectateur la possibilité d’un récit à déchiffrer. Mais ce qui frappe sans doute le plus, c’est l’art avec lequel Lekleti manie les registres. Il conjugue le burlesque – silhouettes aux allures chaplinesques, hybridations mi-homme mi-animal – et le tragique, où l’enfance elle-même se trouve ligotée à des fils de marionnettes, manipulée par une main démiurgique. Entre dérision et fatalité, son théâtre pictural explore les zones d’ombre propres à la condition humaine.
Emmanuelle Outtier
Mohamed Lekleti, « Des mythes sans légendes », La Galerie 38, du 3 octobre au 8 novembre 2025.



