Frieze 2025 : Londres garde le tempo

Sous les tentes du très élégant Regent’s Park, Frieze London et Frieze Masters ont affiché une édition dense et très sérieuse : plus de 280 exposants, 90 000 visiteurs (selon le communiqué de clôture), et une humeur de marché mesurée mais active dès la journée VIP.
La presse anglo-saxonne souligne un foisonnement maîtrisé — “less buzz, more substance”, pouvait-on lire dans The Times. Les galeries visitées dès le mercredi annonçaient un rythme de ventes soutenu.

La galerie Hauser & Wirth a donné le la à Frieze Masters : Gabriele Münter (Der blaue Garten, 1909) s’est envolée pour CHF 2,4 millions (env. 3,0 M $), René Magritte pour 1,6 M $, Paul Klee pour 1,45 M €, Marcel Duchamp pour 1,35 M $, et Alina Szapocznikow pour 1,2 M $.

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Lauren Halsey, Untitled, 2025, Frieze London.
© Diptyk Magazine

Chez Gagosian, le stand solo de Lauren Halsey s’est vendu dans son intégralité dès les premières heures de l’ouverture. L’installation, pensée comme une place publique, associait un panneau monumental de six pieds rendant hommage à l’imaginaire visuel des commerces afro-américains et latino de Los Angeles, (typographies, couleurs, jeux de mots) à une série de bas-reliefs monochromes (Protruded Engravings, 2022-), mêlant récits historiques, mythologiques et contemporains de South Central LA.

Peut-être boostée par la grande rétrospective que consacre le Musée d’Art moderne de Paris à l’artiste nigériane depuis début octobre, Lisson Gallery a enregistré la vente d’une tapisserie monumentale d’Otobong Nkanga pour 600 000 $, illustrant la vitalité d’un marché attentif aux dialogues entre matérialité et concept.

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Otobong Nkanga, Cadence – While We Wait and Watch, 2025, woven tapestry, 400 × 1050 cm. Courtesy Lisson Gallery. © Diptyk Magazine

White Cube a multiplié les transactions : une oeuvre d’Antony Gormley à £ 850 000, deux pièces de Tracey Emin à £ 425 000 et £ 95 000, une de Shao Fan sur papier de riz à 350 000 $, deux œuvres de Cai Guo-Qiang à 280 000 $ et 195 000 $, et neuf sculptures de Marguerite Humeau oscillant entre £ 40 000 et £ 200 000.

Chez David Zwirner, les ventes se sont enchaînées à un rythme soutenu, en particulier l’artiste star Chris Ofili, parti pour 700 000 $.

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Samia Halaby, Untitled, 2025, acrylique sur toile, courtesy Galerie Lelong & Co. © Diptyk Magazine

Enfin, James Cohan a trouvé preneur pour deux œuvres de la grande artiste iranienne disparue en 2019, Monir Shahroudy Farmanfarmaian (650 000 $ et 300 000 $).

Sur le stand de Sfeir-Semler Gallery, la Palestinienne Samia Halaby a également suscité un fort engouement : plusieurs de ses toiles abstraites, portées par une tension entre mémoire, géométrie et résistance, ont été acquises dès les premiers jours de la foire.
Figure majeure de l’art moderne arabe et première artiste palestinienne à exposer au Guggenheim dès les années 1970, Halaby a concentré les regards dans un contexte particulièrement chargé, où la tragédie palestinienne résonnait avec force à Londres.

Chez Lawrie Shabibi, c’est Mona Saudi qui enregistre plusieurs transactions (dont Mother/Earth, 1981), confirmant l’intérêt institutionnel pour cette pionnière de la sculpture jordanienne.

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« Echoes in the Present », initiée par le chercheur nigérian et britannique Jareh Das, Frieze London 2025.
© Diptyk Magazine

Echoes of the present

Dans une foire de cette dimension, les sections curatoriales ont joué le rôle d’aiguillon.
Et même si cette sélection reste en contradiction avec l’esprit de la 1-54, qui s’attache à faire sortir les scènes africaines contemporaines de la marge, la section “Echoes in the Present” a rencontré un réel succès.
Les ventes ont confirmé l’attention croissante portée aux scènes du Sud global et à leurs relectures contemporaines de l’histoire.
Fortes D’Aloia & Gabriel a écoulé un nombre important d’œuvres de Tadáskia, jeune artiste brésilienne dont les compositions abstraites explorent le corps et la mémoire queer.
Nara Roesler a vendu cinq œuvres d’ Alberto Pitta, figure du mouvement afro-brésilien Ilê Aiyê, dont les toiles célèbrent les héritages yoruba de Bahia.
Tafeta, galerie nigériane basée à Londres, a trouvé acquéreurs pour cinq dessins de Bunmi Agusto, répartis entre collectionneurs néerlandais et un collectionneur nigérian établi à Londres.
Enfin, Atiss Dakar a vendu une sculpture en bois et une œuvre sur papier de Serigne Mbaye Camara, artiste sénégalais dont la pratique mêle symbolisme spirituel et critique sociale.

On retiendra de l’édition 2025 qu’elle a su réaffirmer la centralité londonienne : volume solide, scénarios élargis (Afrique, MENA, diasporas) et un marché qui privilégie le qualitatif avec un plafond millionnaire tenu par Masters et des transactions rapides sous le million côté Frieze London.
Paris arrive :  le bras de fer reste ouvert, mais Londres a marqué le rythme.

 

Meryem Sebti

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Entrée de Frieze London, Regent’s Park.
© Diptyk Magazine