De l’atelier au solo show : le pari Mustaqbal // From studio to solo show: The Mustaqbal venture

Porté par la Fondation TGCC, le Prix Mustaqbal s’est rapidement fait une place auprès de la jeune scène marocaine. Un concours devenu en 5 ans d’existence un tremplin. English below on mobile.
Décrit comme « un pont entre les artistes et le monde » par le photographe Rida Tabit, le Prix Mustaqbal est, pour nombre d’acteurs de la scène culturelle marocaine, « bien plus qu’un simple concours ». Destiné aux artistes de 18 à 35 ans, ce prix gagne chaque année davantage en visibilité et assoit sa crédibilité auprès d’une scène émergente en quête de reconnaissance. Cinq ans après son coup d’envoi, il séduit un large public comme en témoignent les candidatures croissantes – plus de 200 dossiers reçus lors de sa 5e édition – et les diverses propositions en photographie, installations, peintures ou encore dessins. Au total : 59 finalistes, 12 lauréats et 7 premiers prix.

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Vue de l’exposition Prix Mustaqbal 2022, à l’espace d’art Artorium, TGCC.

Né en 2021, au lendemain de la crise du Covid, le prix Mustaqbal émane du désir de « créer quelque chose de nouveau et offrir un souffle d’espoir à la jeunesse confinée dans ses ateliers et ses rêves », confie Meryem Bouzoubaa, présidente de la Fondation TGCC. L’objectif assumé consistait à « combler un manque d’opportunités pour les artistes émergents au Maroc ». Il convenait alors d’imaginer « un format permettant aux artistes de se confronter à un jury, à un public et à des scènes professionnelles », précise Aida Wahbi, adjointe à la Présidente de la Fondation TGCC. Elle pilote depuis le début ce prix inspiré notamment du Turner Prize au Royaume-Uni et du Prix Marcel Duchamp en France. Si le parallèle peut sembler audacieux, il traduit une ambition assumée, encore en construction. Artist area 

« Lauréate pilote », la plasticienne Khadija El Abyad se remémore « sa surprise » lorsque son travail a été récompensé en 2021 par le jury de professionnels. Sa pluridisciplinarité – autrefois « taxée d’immaturité » – et ses travaux plastiques « laissant les spectateurs intranquilles » recevaient jusque-là un accueil mitigé au Maroc, selon elle… Cette reconnaissance est un tournant. « Ici aussi, elle avait son artist area »  et « des personnes comprenaient sa pratique, sa réflexion, sa sensibilité ». Khadija El Abyad plonge alors dans la conception de son premier solo show au Maroc, à l’Espace d’art Artorium (écrin de la Fondation TGCC). Une première récompense qui conclut l’aboutissement de plus de deux ans d’expérimentations.

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Vue de l’exposition Prix Mustaqbal 2024, à l’espace d’art Artorium, TGCC.

« Une fois le dossier retenu, tout s’enchaîne naturellement », explique le photographe Rida Tabit, lauréat de la 3ᵉ édition et aujourd’hui membre du jury. Pendant trois jours, les finalistes présentent leurs travaux et échangent avec les professionnels. « Ce n’est pas une évaluation figée, mais une vraie conversation autour du travail et de ses intentions », souligne-t-il.L’une des forces du Prix Mustaqbal réside dans la proximité entre artistes et professionnels. Estelle Guilié, directrice de la Fondation Montresso et membre du jury de la première heure, en est convaincue. « L’artiste reçu à Mustaqbal, raconte une histoire, le temps de la réflexion et de l’exploration lui est accordé; des temps d’accompagnements précieux dénués de toute logique commerciale immédiate ». Elle souligne toutefois que l’engagement des équipes parvient à inscrire les actions du prix dans la durée. « Ce ne sont pas uniquement de belles paroles, mais des actes concrets : une équipe est exclusivement dédiée au prix et des moyens spécifiques mis à disposition pour l’accompagnement des jeunes artistes ». À commencer par des « budgets de production », sans lesquels les artistes « ne s’autorisent pas à créer, ni oser en dehors de leur zone de confort », indique Khadija El Abyad. Mais également « des visites d’ateliers, conseils curatoriaux, résidences  à la Fondation Montresso notamment, partenaire de cette aventure, pour les lauréats. L’accompagnement est pensé pour avoir un impact durable sur la carrière des artistes », complète Aida Wahbi. Il y a eu « un avant et un après Prix Mustaqbal », reconnaît Rida Tabit. Le photographe mentionne « un catalyseur » dans son parcours, lui permettant « de situer [sa] démarche dans un écosystème plus large et de confirmer que [son] travail avait un sens au-delà de [lui] ». Davantage de visibilité, d’opportunités d’exposition et de collaborations se sont présentées à lui, après ses semaines de résidence à Jardin Rouge à Marrakech, confirmant ainsi « sa place en tant qu’artiste ». 

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Vue de l’exposition Prix Mustaqbal 2025, à l’espace d’art Artorium, TGCC.

Des candidatures solides 

Cinq ans après sa création, le prix semble récolter la rançon de son sérieux et de son professionnalisme. Il est « bien installé dans le paysage culturel, bien plus regardé aussi ». Plusieurs artistes ont été signés dans des galeries marocaines comme le Comptoir des Mines, Galerie 38, Loft Art Gallery, African Arty, etc. « Si lors des premières éditions les candidatures étaient surtout marocaines, avec des dossiers qui s’imposent au jury; ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Nous recevons de nombreuses candidatures de bi-nationaux issus de France, de Belgique, d’Allemagne ou des Etats-Unis, en plus de la scène locale. Dans l’ensemble, nous découvrons de très belles propositions et des dossiers de haute facture, qui ont gagné en maturité et en professionnalisme », déclare Estelle Guilié, amusée de constater que leur travail de jury n’en devient que plus complexe.Selon Meryem Bouzoubaa et Aida Wahbi, « la nouvelle scène est exceptionnellement audacieuse et consciente des enjeux sociétaux. Leurs dossiers reflètent également une meilleure connaissance du marché et des opportunités offertes par Mustaqbal ». Si les lauréats bénéficient d’un cash prize allant de 10.000 à 35.000 dirhams à l’issue du concours, cela contribue surtout à donner vie à un écosystème de jeunes créateurs, mus par « une énergie collective » autour de ce prix qui agit comme  « un rouage dans une mécanique vertueuse », complète Estelle Guilié. « Et c’est une très belle nouvelle pour la scène émergente…»

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Backed by Fondation TGCC, the Mustaqbal Prize has swiftly earned its place among Morocco’s young art scene. In just five years, the competition has become a springboard for emerging artists.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2021, at the Artorium art space, TGCC.
Described by photographer Rida Tabit as “a bridge between artists and the world,” the Mustaqbal Prize is seen by many cultural figures as “far more than a simple competition.” Open to artists aged 18 to 35, it gains visibility each year and continues to build credibility among a generation eager for recognition. Five years after its launch, it has become a magnet for young creators. Its fifth edition drew more than 200 applications, spanning photography, installation, painting, and drawing. In total: 59 finalists, 12 winners, and 7 grand prizes.
Created in 2021, in the wake of the Covid crisis, the prize stemmed from a desire “to create something new and offer hope to a youth confined to their studios and their dreams,” explains Meryem Bouzoubaa, president of Fondation TGCC. The aim, she says, was to “fill a gap in opportunities for emerging artists in Morocco.” For Aida Wahbi, who oversees the initiative, the idea was to design “a format that would allow artists to engage directly with a jury, a public, and professional networks.” Modeled in spirit on the UK’s Turner Prize and France’s Prix Marcel Duchamp, Mustaqbal carries an ambition that’s bold but deliberate.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2023, at the Artorium art space, TGCC.
Artist Area
The first-ever winner, Khadija El Abyad, recalls her “surprise” when her work was awarded by a professional jury in 2021. Her multidisciplinary approach—once dismissed as “immature”—and her unsettling installations had struggled to find understanding in Morocco. “Here, for the first time, I felt I had my own artist area,” she says. “People understood my practice, my reflection, my sensitivity.” Soon after, she began preparing her first Moroccan solo exhibition at Espace Artorium, Fondation TGCC’s gallery space—a culmination of two years of experimentation.
“Once your application is selected, everything flows naturally,” says Rida Tabit, winner of the third edition and now a jury member himself. Over three days, finalists present their work and exchange with professionals. “It’s not a rigid evaluation,” he notes, “but a genuine conversation about the work and its intentions.”
One of Mustaqbal’s strengths lies in its close connection between artists and professionals. Estelle Guilié, director of the Montresso Foundation and a founding jury member, emphasizes this: “Artists who come to Mustaqbal are given time – to reflect, to explore – without any immediate commercial pressure. That’s rare.” She also highlights the Foundation’s long-term commitment: “This isn’t just talk, there’s a dedicated team, production budgets, and real support systems in place for young artists.”
Those production budgets, says Khadija El Abyad, are crucial: “Without them, many of us would not dare to experiment or step outside our comfort zone.” The prize also offers studio visits, curatorial guidance, and residencies –  notably at Montresso Foundation’s Jardin Rouge in Marrakech – for its winners. “The goal is to create long-term impact on each artist’s career,” adds Wahbi.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2023, at the Artorium art space, TGCC.
“There was definitely a before and after Mustaqbal,” admits Tabit. The prize, he says, was “a catalyst,” allowing him “to situate [his] work within a broader ecosystem and to realize that [his] practice carried meaning beyond [himself].” His residency at Jardin Rouge brought increased visibility, exhibition opportunities, and collaborations, confirming, he says, “my place as an artist.”
Stronger Applications
Five years on, the prize is reaping the rewards of its consistency and professionalism. “It’s firmly established in the cultural landscape and increasingly watched,” says Guilié. Several alumni have since signed with Moroccan galleries such as Comptoir des Mines, Galerie 38, Loft Art Gallery, and African Arty.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2025, at Artorium, TGCC.
“If, at first, most applicants were Moroccan, that’s no longer the case,” she adds. “We now receive applications from dual nationals based in France, Belgium, Germany, or the U.S., alongside local artists. The level of quality and maturity has risen sharply.”
For Bouzoubaa and Wahbi, this new generation is “exceptionally bold and socially aware.” Their portfolios, they note, show “a sharper understanding of the art market and the opportunities Mustaqbal provides.” While winners receive cash prizes ranging from 10,000 to 35,000 dirhams, the award’s true value lies in what it sets in motion: “a collective energy” that fuels what Guilié calls “a virtuous cycle for the entire ecosystem.”
“And that,” she concludes, “is wonderful news for Morocco’s emerging art scene.”
Houda Outarahout
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2025, at Artorium, TGCC.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2024, at Artorium, TGCC.
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View of the exhibition Prix Mustaqbal 2025, at Artorium, TGCC.