Le lieu fait désormais office d’incubateur de talents. En marge de la foire 1-54, c’est à la Galerie Comptoir des Mines que l’on viendra découvrir le cœur battant de la scène contemporaine marocaine, toutes générations confondues.
C’est le nouveau QG de la scène contemporaine. On y croise des artistes en résidence, d’autres simplement de passage. On peut se prélasser, au dernier étage, dans la réplique de l’appartement de Hassan Hajjaj, où l’on a plaisir à retrouver ses photographies. « Nous sommes un espace d’art contemporain dans un bâtiment appartenant au patrimoine architectural de la ville », précise la directrice du Comptoir des Mines, Imane Barakat. Ce bâtiment ancien a été acquis et rénové par Hicham Daoudi, PDG de Art Holding Morocco (AHM), qui a réussi l’exploit, en moins d’un an, de transformer ce lieu en l’une des plus vastes galeries marocaines et d’accompagner des artistes aussi différents que Mustapha Akrim ou Abdelaziz Zerrou, dans des solo shows unanimement salués. Sans oublier Mo Baala dont les collages mi-hommes mi-insectes vous accueillent dès le hall d’entrée de l’immeuble.

Courtesy de l’artiste.
Une bible, des moustiques, une perceuse
Tout ce petit monde est en ébullition à l’approche de la foire 1-54 Marrakech. Sous l’intitulé « Traversées », la galerie représentera douze artistes, dont la plupart présenteront des œuvres créées in situ, à quoi s’ajoutent deux cartes blanches offertes à Hassan Hajjaj et au galeriste Hassan Sefrioui (Shart). Le premier exposera des photos de son ami Yoriyas au riad Yema, ainsi que d’autres photographes qui lui sont chères, telles que Lamia Naji ou Laïla Hida, dans l’appartement du Comptoir. Le second présentera des œuvres du peintre le plus déjanté du moment, Yassine Balbzioui, qui proposera, à côté de ses toiles, des affiches de cinéma fictives, avec tout le sens de la dérision qu’on lui connaît.

© Fatiha Zemmouri
Chaque participant disposera de son propre espace pour faire ressortir la singularité de son approche, mais certains travaux entrent d’ores et déjà en résonance. L’installation que prépare la dessinatrice Mariam Abouzid Souali, un triptyque représentant des enfants originaires d’Europe, du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, au centre d’un échiquier circulaire posé à même le sol, fera écho à l’installation de Mustapha Akrim, composée de lampes antimoustiques et provisoirement intitulée Killing machine. Alors que la dessinatrice réfléchit à ce qui sépare/unit les enfants des deux rives de la Méditerranée, le plasticien rbati interroge de son côté la mouvance des frontières que tentent chaque jour de franchir les nouveaux damnés de la terre.Cette exposition sera aussi l’occasion de percevoir l’effervescence des recherches plastiques de la scène contemporaine. Le vidéaste Simohammed Fettaka, adepte des collages dadaïstes, présentera des sculptures d’animaux en bois orné de zellige ou la réplique d’une autre œuvre présentée en Allemagne, composée d’une Bible remplie de paille. Younes Atbane, de son côté, mettra en avant les errements de l’idéal européen en exposant une perceuse dorée faisant tourner le drapeau de l’Union européenne à vive allure. Quant à Fatiha Zemmouri, elle transformera l’espace qui lui est consacré en un vaste champ de blé, ce qui lui permet d’explorer les frontières entre le dedans et le dehors.Olivier Rachet

