« Peindre l’univers auquel ma génération s’identifiait » : telle est l’ambition que nourrit depuis une dizaine d’années l’artiste Mohammed Chrouro. Co-fondateur avec Soufiane Idrissi du collectif Radar qui s’intéresse à l’impact des arts numériques sur la création artistique, son attention se porte sur les dégradés de couleurs. Phénomène observable par tout un chacun dans la nature, qu’il s’agisse de contempler un coucher de soleil ou les variations chromatiques sur une simple fleur, le dégradé est généré désormais par des algorithmes sous forme de pixels qui défient toute perception humaine. Après un détour par le codage et la création de sites internet, Mohammed Chrouro s’aventure en peinture, tentant de reproduire, selon ses propres mots, « des transitions linéaires parfaites, des dégradés radiaux symétriques ou des compositions chromatiques complexes que la nature ne pourrait jamais produire ». L’exposition « Core Memory », retraçant dix ans d’une carrière prometteuse que l’artiste assimile de façon prophétique à l’ère post-internet, séduit surtout par sa capacité à générer des paysages vibratoires convoquant tout autant l’esthétique romantique qu’un expressionnisme abstrait où la quête spirituelle aurait été supplantée par la passion de l’artifice. Abyssal !Olivier RachetMohammed Chrouro, « Core Memory », Espace d’art Artorium, Fondation TGCC, Casablanca, jusqu’au 30 mars.