Cassio Markowski ravive la mémoire de l’esclavage

Ses dessins et collages avaient retenu notre attention à Arco Lisbonne. Nous retrouvons l’artiste afro-brésilien dans son atelier pour une rencontre sous le signe de la mémoire et de la rigueur esthétique.

C’est un artiste d’une grande sensibilité que nous retrouvons à Jardin Rouge à Marrakech, après son premier mois de résidence. Son atelier est à l’image de son travail hanté par le passé colonial : minimaliste et épuré. Des images d’archives représentant des membres de sa famille se mêlent à quelques esquisses et ouvrages encyclopédiques qui ont façonné son rapport au monde. « Je ressens toujours l’absence de mes ancêtres », nous confie-t-il avec émotion, évoquant une enfance des plus rigoristes. « Ayant grandi à la fin de la dictature militaire au Brésil et étant moi-même fils de soldat, j’ai reçu, dans ce contexte, une éducation oppressive. C’était dans le monde des livres, des bandes dessinées, des manuels de botanique et des encyclopédies que mon esprit trouvait alors la tranquillité. »

cassio-markowski--A-Familia-e-a-Concha-2024
A Familia e a Concha, 2024

Cassio Markowski, qui a pris tardivement conscience de ce qui le rattache à cette histoire encore enfouie de la colonisation et de l’esclavage, définit sa démarche plastique comme un processus mêlant à la fois l’histoire, l’imagination et l’autobiographie. « Je travaille beaucoup à partir de ma mémoire personnelle et historique, dans une manière de penser qui s’apparente au collage. Bien que n’utilisant pas directement des images trouvées, mais plutôt les dessins de ces images, j’essaie à partir de mon travail d’attirer l’attention sur la question de l’effacement. » Influencé aussi par les écrits du poète brésilien Oswald de Andrade, auteur en 1928 d’un Manifeste anthropophage, l’artiste n’hésite pas à inscrire son approche dans une double dialectique consistant à « consommer » des images qu’il a d’abord présélectionnées dans des livres afin de les « vomir » lors du processus de création.

Les dessins auxquels il prête vie lors de sa résidence, réalisés à partir d’un mélange de gouache, de fusain et de charbon, s’inspirent d’images d’archives et de portraits dont il efface toujours symboliquement quelques parties du corps. « Il persiste un effacement historique des personnages de la diaspora noire, reconnaît-il, principalement d’un point de vue européocentré. » Soucieux de ne pas subvertir une réalité historique dont l’écriture reste encore fragile, l’artiste accompagne ses compositions de dessins en relief accrochés par de simples épingles, dont l’utilisation n’est pas sans rappeler le souci de précision scientifique d’un entomologiste. En quête d’une mémoire intime enfouie dans les limbes de l’Histoire et d’une histoire collective douloureuse, le travail de Markowski frappe à la fois par la rigueur de son trait et une imagination qui évoque le réalisme fantastique sud-américain, dont il nous rappelle qu’il fut d’abord « une forme de résistance aux pouvoirs oppressifs ».

Olivier Rachet

cassio-markowski-Still-Life-Series-2024
Série Still Life, 2024

cassio-markowski-Agave---Ori-Series-2024
Agave, série Ori, 2024

MARKOWSKI-Cassio_atelier-jardin-rouge_Credit_Mourad-Boulhana-HD-2024-12
Cassio Markowski dans son atelier à la résidence Jardin Rouge à
Marrakech. Courtesy de la Fondation Montresso Photo © Mourad Boulhana