Calligraphie : quand l’écriture devient art

L’Institut du monde arabe met à l’honneur un art ancestral qui réserve bien des surprises, depuis le Coran jusqu’au street art. L’exposition « Écrire ou calligraphier ? L’alphabet arabe sublimé » n’est pas seulement une plongée dans l’art de l’écrit, mais aussi dans le potentiel plastique de la graphie arabe. L’écriture ayant servi à uniformiser la langue et par là-même le monde arabo-musulman, on en retrouve des exemples de la Mauritanie à l’Inde. Dès le IXe siècle, avec le style coufique « fleuronné », l’écriture devient ornement. Elle n’est plus seulement signe mais forme pure. Dans les années 1960, l’Algérien Mohamed Khadda utilise la calligraphie arabe pour contrecarrer la figuration et les références occidentales. L’utilisation de l’écriture est aussi un moyen pour les artistes modernes et contemporains de dialoguer avec les grands textes non religieux : la Libanaise Simone Fattal fait revivre les poèmes du mystique mésopotamien Al-Niffarî, quand le Syrien Adonis compose sur la philosophie du Soufi Al-Tawhîdi, Dans les années 1980, le Palestien Kamal Boullata exploite l’énorme potentiel graphique du style coufique, dans des sérigraphies aux couleurs fluos engrammant le message divin « Je suis la Vérité ». Un principe plastique largement repris au XXIe siècle par les street-artistes comme Vincent Abadie Hafez, qui a notamment œuvré sur les murs du Maroc.Marie Moignard

BOUTROS-Nabil
Nabil Boutros, Al-Samâwât / Al-Ardh (Les Cieux /La Terre), série Beyond / Au-delà, 2013, photographie originale tirée sur papier. Courtesy de l’artiste et Musée national d’art moderne et contemporain de la Palestine.