Biennale de Dakar : une édition marquante en équilibre précaire

Grand-messe de l’art contemporain sur le continent, la biennale de Dakar ouvrait ses portes le 8 novembre dernier pour un mois. Dans un contexte politique marqué par les élections, cette 15e édition arrive à tirer son épingle du jeu avec un “In” qui monte en gamme et reprend toute sa place. 
Il flottait dans l’air une certaine fébrilité la veille de l’ouverture de la biennale. Cette 15e édition, portée par la Franco-sénégalaise Salimata Diop, est particulièrement attendue, non seulement parce que c’est la première fois qu’une curatrice prend les rênes de l’événement mais aussi parce que le Sénégal a connu, ces derniers mois, des secousses politiques. “Au vu du contexte, nous avions peur d’une annulation”, rappelle Salimata Diop. Quelques semaines avant l’inauguration en mai, le Secrétariat général de la biennale, qui fait office de grand ordonnateur, avait annoncé son report, au grand dam des acteurs culturels locaux. Le Sénégal sortait d’une période incertaine de tractations politiques et de manifestations massives dans les rues.

En ce début de novembre, la politique est encore partout palpable. Le pays bat au rythme des élections législatives anticipées après la dissolution de l’Assemblée nationale par le président élu, Bassirou Diomaye Faye. Un timing pas forcément à l’avantage de la biennale qui vient aussi hacker un agenda artistique international bien huilé, entre la clôture quelques jours plus tôt de la foire Art X Lagos et la tenue de Paris Photo, programmée à la même période. Alors les avis divergent : “ils se sont tirés une balle dans le pied”, note un ancien cadre de l’Institut Français. “Les conséquences financières sont importantes pour les galeries locales”, renchérit Delphine Lopez, la directrice de la galerie Cécile Fakhoury. Ces acteurs locaux ont maintenu leur programmation en mai et font aujourd’hui bonne figure malgré ce qui est perçu comme une scission de l’audience. Moins de professionnels et de collectionneurs que les années précédentes ? “On voit passer d’autres acteurs que ceux que l’on voit habituellement”, relativise Jennifer Houdrouge de la galerie Selebe Yoon qui cite le Guggenheim Abu Dhabi, la Tate ou le Kunstverein in Hamburg. Le report de la Biennale avait également suscité des inquiétudes sur la place qu’accorderait le nouveau président à la culture durant son mandat. Des doutes levés lors de la cérémonie d’ouverture au Grand Théâtre où Bassirou Diomaye Faye a rappelé que la culture est “garante de la souveraineté morale du pays”. “Un discours rassurant”, estime le collectionneur Amadou Diaw. 

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

Une édition sensorielle

Si morosité il y a, elle se fait sentir au niveau des off qui, sans la participation de la résidence Black Rock Sénégal ou du projet The Matter, n’offrent pas, cette année, de grands moments de rassemblement. Et c’est sans doute de bon ton. Car c’est finalement le “In”, d’excellente facture, qui reprend sa place, donnant le “la” de la création contemporaine. Sous le thème de “The Wake”, cette 15e édition tisse des liens entre exploitation des ressources naturelles et exploitation des êtres et des corps – notamment celui des femmes – pour offrir une lecture globale des oppressions systémiques.

Là où les éditions précédentes, sous la direction de Simon Njami et Malick Ndiaye, convoquaient des figures comme Senghor, Césaire ou Felwine Sarr pour interroger la centralité de l’Afrique dans le monde, la proposition de Salimata Diop fait un pas de côté. Elle élargit la géographie du continent en intégrant l’Amérique latine, les Caraïbes et les diasporas qui occupent une place significative – près d’un tiers de la sélection. Elle élargit également littéralement l’espace d’exposition dans l’ancien Palais de justice devenu, depuis 2016, la pierre angulaire de cette biennale. “Nous avons rouvert l’aile ouest”, note la curatrice. Conséquence, l’exposition internationale gagne en fluidité de circulation, rendant la scénographie cohérente et l’ensemble moins labyrinthique. 

Découpée en 4 chapitres sensoriels et oniriques – “Nager dans le sillage”, “Plonger dans la forêt”, “Flotter dans les nuages”, “Brûler” – la sélection offre peut-être moins de découverte puisqu’on y retrouve des plasticiens déjà  installés sur la scène internationale comme Elladj Lincy Deloumeaux, Tuli Mekondjo, Marie-Claire Messouma Manlanbien ou encore Joana Choumali. Mais de ce fait, elle permet de donner un panorama assez varié et équilibré de cette création africaine, entre plasticiens confirmés et jeunes pousses. 

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

Aux origines colonialistes de la crise écologique

Alors, que révèle cette édition de l’état du monde ? C’est sans doute ici que cette biennale renouvelle un certain discours. Elle s’ancre définitivement dans son temps en résonance avec la théorie critique décoloniale, celle qui lie le dérèglement climatique – souvent traité en marge dans les biennales – à l’esclavagisme et au colonialisme. Crise écologique et histoire coloniale deviennent les deux faces d’une même médaille. (…) 

Retrouvez l’ensemble de notre analyse dans le prochain numéro de diptyk à paraître début décembre.   

 

Emmanuelle Outtier

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »

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Vue de l’exposition internationale « The Wake »