L’artiste franco-tunisien Bechir Boussandel présente jusqu’au 20 juillet à Marrakech sa nouvelle exposition « Earth’s Skin ». Nous l’avons rencontré lors de sa résidence de recherche et de production.
Le rituel est immuable. Chaque saison, le peintre Bechir Boussandel se rend à Bizerte, en Tunisie, pour préparer les fonds de ses toiles. Posées sur un sol imbibé d’eau, celles-ci sont alors recouvertes de peinture qui se mêle de façon indistincte à l’élément aquatique. « La toile prend alors l’empreinte du sol, commente-t-il, c’est comme une estampe. » Puis de retour en France où il séjourne, il esquisse alors des paysages abstraits dans lesquels la ligne d’horizon disparaît systématiquement, donnant à voir des territoires infinis et insaisissables en un seul regard. « Dans mon travail, il y a cette idée d’enlever la ligne d’horizon du paysage. On se retrouve alors comme à vol d’oiseau et l’on bascule dans l’abstraction. » Ce parti pris lui vient de la contemplation des mosaïques du musée du Bardo, à Tunis, dont les parties manquantes lui semblent transformer chaque composition en un paysage abstrait. Seules les ombres portées de personnages ou d’objets permettent au spectateur, désorienté par les variations d’échelle, de retrouver un temps ses repères. La petitesse de la condition humainePour sa résidence à Jardin Rouge, Bechir Boussandel innove à plus d’un titre. Entièrement réalisés in situ, ses fonds intègrent des couleurs plus sombres qu’à l’accoutumée, à l’image de la terre aride et sèche qui est spécifique de la région de Marrakech. « Les marrons, les terres d’ombre, les bleus de Prusse que j’avais mis de côté sont revenus », explique le peintre dont l’exposition « Earth’s Skin » lui permet aussi de s’affranchir du cadre de la toile.
En témoignent une sculpture de berger réalisée en argile qui semble porter un regard méditatif empreint de bienveillance sur l’espace d’exposition mais surtout ces bas-reliefs dans lesquels les aspérités du paysage sont données à contempler en volume. Après avoir collé sa toile sur un PVC en caoutchouc utilisé pour le revêtement des sols, le peintre se laisse guider par la couleur, « creusant parfois les parties sombres ou faisant ressortir ailleurs les parties lumineuses ». Souvent, une figure dessinée en miniature, perdue dans l’immensité de cette surface de peinture ondulée, nous rappelle à la petitesse de notre condition. Et c’est de toute beauté.Exposition « Earth’s Skin » de Bechir Boussandel, Fondation Montresso*, Salle des Casques, jusqu’au 20 juillet 2024Olivier Rachet



