À Tunis, les paradis retrouvés de Jellel Gasteli // In Tunis, Jellel Gasteli’s lost paradises

L’exposition « Hortus » du photographe tunisien Jellel Gasteli actuellement présentée à la galerie Selma Feriani, propose des tirages uniques de jardins photographiés à Hammamet dans les années 1980. Un retour aux sources d’un regard qui fascine durablement. 
Nous sommes en 1983 à Hammamet. Jellel Gasteli pousse le portail d’une demeure privée pour son plus grand émerveillement. « J’entre dans le jardin Henson par la haie de figuiers de Barbarie qui protégeait la propriété. […] Je découvre un lieu où les plantes s’enlacent et rivalisent entre elles en s’accrochant aux eucalyptus ou aux acacias, refuge des paons ». Le photographe retournera plusieurs fois dans cette propriété privée ayant appartenu au couple américano-britannique Jean et Violet Henson, en possession alors de Leïla Menchari qui l’invitera à séjourner dans ces lieux paradisiaques. 

Le photographe conserve comme des reliques pendant des années ces tirages aux sels d’argent auxquels il redonne aujourd’hui une seconde vie, en les mêlant imperceptiblement à des photographies réalisées dans d’autres parties du monde, et notamment dans le parc de la Villa Perdicaris de Tanger, bien avant ses travaux de réaménagement. L’exposition « Hortus » présentée à la galerie Selma Feriani de Tunis accompagne ces tirages de grands formats numériques qui font paradoxalement mieux ressortir encore la prouesse des argentiques. 

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Hortus XIV, circa 1980 — Tirage argentique vintage unique réalisé par l’artiste, encadré 40 h × 50 l cm (15,75 h × 19,69 l in), non encadré 12 h × 18 l cm (4,7 h × 7,1 l in).

Jardin des origines

Au-delà de la beauté intemporelle de ces paysages méditerranéens qu’affectionne particulièrement le photographe, ce qui frappe est la méticulosité de tirages laissant apparaître des jeux subtils d’ombre et de lumière. Dans ses fragiles vibrations, le noir et blanc laisse deviner toute une gamme de verts qui ne demandent qu’à être révélés dans leur intensité chromatique. 

Ces photographies posent aussi la question des sources lumineuses qui demeurent le plus souvent indécidables, comme la trace d’une énigmatique origine des phénomènes naturels. « Abdelwahab Meddeb, confie Jellel Gasteli, me rétorqua un jour que j’étais un photographe soufi ». On ne saurait mieux dire tant ce « jardin des origines », pour reprendre les mots du photographe, semble avoir façonné l’un des regards les plus sensibles de notre temps. 

Olivier Rachet 

Exposition « Hortus » de Jellel Gasteli, Galerie Selma Feriani, La Goulette, Tunis, jusqu’au 20 janvier 2026

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Vue de l’exposition « Hortus » de Jelel Gastelli, Galerie Selma Feriani
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Vue de l’exposition « Hortus » de Jelel Gastelli, Galerie Selma Feriani
Currently on view at Selma Feriani Gallery, Hortus, an exhibition by Tunisian photographer Jellel Gasteli, brings together unique prints of gardens photographed in Hammamet in the 1980s. A return to the origins of a gaze that has lost none of its power.
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Hortus XXVII, circa 1980 — Tirage argentique vintage unique réalisé par l’artiste, encadré 40 h × 50 l cm (15,75 h × 19,69 l in), non encadré 12 h × 18 l cm (4,7 h × 7,1 l in).
It is 1983 in Hammamet. Jellel Gasteli pushes open the gate of a private residence and steps into a moment of pure wonder. “I entered the Henson garden through a hedge of prickly pear that protected the property. […] I discovered a place where plants intertwine and compete, clinging to eucalyptus and acacia trees, a refuge for peacocks.” The photographer would return several times to this private estate, once owned by the American-British couple Jean and Violet Henson, and later by Leïla Menchari, who invited him to stay in what he would describe as a near-Eden.
For years, Gastelli kept these silver gelatin prints like relics. Today, he gives them a second life, subtly interweaving them with photographs taken elsewhere in the world, notably in the grounds of Villa Perdicaris in Tangier, long before its redevelopment. Presented at Selma Feriani Gallery in Tunis, Hortus pairs these works with large-format digital prints which, paradoxically, only heighten the virtuosity of the analog photographs.
Garden of Origins
Beyond the timeless beauty of these Mediterranean landscapes so dear to the photographer, what stands out is the meticulousness of the prints, with their delicate interplay of shadow and light. In their fragile vibrations, black and white suggests an entire spectrum of greens, waiting to be revealed in their full chromatic intensity.
These photographs also raise questions about sources of light, which often remain indeterminate, like traces of an enigmatic origin of natural phenomena. “Abdelwahab Meddeb once told me,” Gastelli recalls, “that I was a Sufi photographer.” Few descriptions could be more apt, as this “garden of origins,” in the photographer’s own words, seems to have shaped one of the most sensitive visual practices of our time.
Olivier Rachet
Hortus by Jellel Gasteli, Selma Feriani Gallery, La Goulette, Tunis. On view until January 20, 2026
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Hortus, 1996 / 2025 — Impression numérique piézographique aux pigments de carbone, 100 h × 150 l cm (39,37 h × 59,06 l po), édition de 5 plus 1 épreuve d’artiste.