À Casablanca, la peinture joyeuse de Fatna Gbouri

L’exposition « Fatna Gbouri : entre tradition et modernité » permet de redécouvrir une artiste-peintre autodidacte qui a magnifié son environnement quotidien.
En dépit d’un titre quelque peu convenu, l’exposition « Fatna Gbouri : entre tradition et modernité », consacrée aux œuvres réalisées par l’artiste-peintre dans les années 1982-1990, vaut le coup d’œil. Après avoir été présentée en 2023-2024 au Musée des Confluences-Dar El Bacha de Marrakech, la superbe collection particulière de Gbouri originaire de la région de Safi, qui se met à peindre à l’âge de 58 ans, est ici revisitée par la commissaire d’exposition Selma Naguib, cofondatrice de Art First Galerie, en collaboration avec la Fondation Al Mada. 

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Sans titre, 1987.
Acrylique sur carton
50 x 65 cm

Le folklore transcendé par la couleurLe public était nombreux lors du vernissage à la Villa des Arts pour découvrir la peinture colorée d’une femme qui donne avant tout à voir des scènes de la vie rurale dans lesquelles se distinguent tout autant le labeur associé aux récoltes que les exigences de la vie domestique. Mais la dimension folklorique de cette peinture est surtout transcendée par une palette de couleurs souvent vives, rappelant parfois les céramiques de Safi, et par l’omniprésence des musiciens qui accompagnent les principaux rituels de la vie sociale. On songe souvent à Chaïbia pour l’importance accordée aux figures cernées d’un trait noir et pour la spontanéité du dessin. Mais là où Chaïbia recourt le plus souvent à la gouache ou à l’huile, Fatna Gbouri privilégie l’acrylique et une grande diversité de techniques. Des œuvres sur peau convoquent le henné pour révéler de véritables portraits dansants. Le papier ou le carton appellent davantage l’acrylique ou le pastel, et dessinent l’image d’une artiste avide d’expérimenter tous les supports, choisis sans doute aussi pour des raisons économiques. De rares pièces esquissent une sortie de l’environnement rural et aspirent à découvrir une abstraction dans laquelle le souci de la représentation est abandonné au profit d’une célébration pure du dessin et de la couleur. La peinture, pour celui ou celle qui s’y adonne, restant toujours un enchantement.La rédactionExposition « Fatna Gbouri : entre tradition et modernité », Villa des Arts, Casablanca, jusqu’au 30 mars 2025.

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Sans titre, 1987.
Acrylique sur papier
55 x 44 cm
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Sans titre, 1988.
Acrylique sur isorel
66 x 45 cm