Se définissant comme peintre et artiste textile, Amine Habki s’empare de l’imagerie des réseaux sociaux et des scènes de la vie quotidienne dans des compositions à rebours des perceptions habituelles. Rencontre dans son atelier où il prépare son premier solo show parisien.
Nous avions découvert Amine Habki, ce jeune diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Cergy, lors de l’édition 2024 du parcours artistique « Être ici » à Tanger. Ses œuvres textiles déjouant les clichés d’une masculinité héroïque et conquérante, représentée ironiquement par des gants de boxe délicatement brodés, nous avaient frappé par leur apaisement et leur tendresse. On avait aussi été séduit par l’aisance avec laquelle ses différentes installations avaient été scénographiées, comme dans l’exposition collective « La rhétorique du rideau » à laquelle il participait en 2025 à l’Institut des Cultures d’Islam, à Paris.
Si le cinéma reste une source d’influence importante – parmi ses références, il aime citer le documentaire Reel Bad Arabs : How Hollywood Vilifies a People (2006) de Sut Jhally, adaptation du livre éponyme de Jack Sheen critiquant la façon dont le cinéma hollywoodien essentialise les corps arabes –, son vocabulaire iconographique sait faire feu de tout bois, à l’instar de sa génération : « Les images que je dessine jaillissent souvent d’une réminiscence d’une scène vécue ou d’un film, d’un scroll sur Instagram. Mon iconographie provient de partout ».

Contredire les mythologies
Son travail plastique recourt habilement à l’art de la broderie, du dessin et de la peinture, autant de médiums qu’il manie avec dextérité. « Je vais broder sur la toile pour faire apparaître un motif et je vais peindre pour effacer. Cela me permet de créer des effets de relief. Je teste aussi mon aiguille sur des matériaux rarement utilisés comme la toile brise-bise utilisée dans la dentelle d’ameublement ». Le choix du tissu prélude souvent à la narration et au choix des scènes représentées comme dans Still dirty (2025), où un simple débardeur permet de mettre à distance le geste victorieux d’un homme torse nu dont il interroge la part de fragilité. « J’aime aller chercher dans la robustesse la mollesse et dans la rapidité la lenteur », explique-t-il, en reconnaissant la dette qu’il doit à de nombreux artistes contemporains, classiques ou romantiques, dont Delacroix qu’il dit admirer mais auquel il reproche son « essentialisation des corps ». Pour l’heure, Amine Habki prépare activement son premier solo show qui se tiendra en septembre à la galerie Mennour, à Paris, qu’il a choisi d’intituler « My desire is my compas ». S’inspirant notamment du Traité des étoiles fixes, un ouvrage d’astronomie de l’écrivain perse Abd-al Rahmane al-Soufi datant du Xe siècle, il s’attache à inventer ses propres constellations qui viendraient « contredire les mythologies existantes ». À la figure d’Ulysse, il substitue plus volontiers celle de Pénélope ; aux grands navigateurs ayant exploré les constellations, il oppose les transports en commun parisiens d’où il continue d’observer avec tendresse ses frères arabes, comme dans son œuvre à l’onirisme teinté de romance Please mind the gap (2025) ,dans laquelle deux hommes se partagent des écouteurs dans un RER, en quête d’un ailleurs plus désirable.
Olivier Rachet



