Ce que les élèves de Djamel Tatah font de la peinture aujourd’hui // What Djamel Tatah’s students are doing with painting

Seize artistes passés par l’atelier de Djamel Tatah aux Beaux-Arts de Paris présentent l’exposition « L’esprit de l’atelier », où se déploient des univers singuliers en dialogue avec l’histoire de l’art.
« Je ne donnais pas les références ». De 2008 à 2023, le peintre Djamel Tatah a enseigné aux Beaux-Arts de Paris, sans chercher nullement à faire école. Basé sur une autodidaxie paradoxale, son enseignement laissait éclore les singularités et advenir les potentialités créatives de chacun. « Je proposais des pistes et ils allaient chercher leurs propres repères. J’ai essayé de leur faire sentir que le plus important, c’est de chercher […] », explique-t-il dans un entretien accordé à Numa Hambursin, commissaire de l’exposition « L’esprit de l’atelier » actuellement présentée au MO.CO de Montpellier. 

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Bilal HAMDAD, L’horizon II, 2023, huile sur toile, 162 × 230 cm. Collection Francès. Photo : D.R. / Galerie Templon © Adagp, Paris, 2026

Or cette recherche passe par une introspection salutaire donnant lieu à des visions singulières, souvent tourmentées. Un tropisme romantique affleure dans les toiles de Bilal Hamdad dont la série L’Horizon représentant des gisants est inspirée du tableau iconique Ophélie du peintre britannique John Everett Millais, ou dans celles de Fabien Conti dans lesquelles une apparence bucolique est contrebalancée par une atmosphère d’inquiétante étrangeté. Le fantastique surgit souvent par effraction comme dans les œuvres fascinantes de Blaise Schwartz dans lesquelles mollusques et chauve-souris semblent prendre possession d’une planète en voie de désintégration.Plus angoissées encore, les toiles de Clémence Gbonon ou de Dora Jeridi, dont l’esthétique dialogue avec l’expressionnisme abstrait et figural d’un Bacon ou d’un Philip Guston, témoignent d’une volonté d’explorer l’inconscient d’un monde livré à des puissances destructrices. Les toiles de Jeridi, Pony Club (Guernica for Kids) ou Lonely Child, dans lesquelles la violence du trait est apaisée par l’utilisation de bâtons à l’huile, suggèrent aussi la perte d’un regard innocent sur un monde coupable de tous les maux. 

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Pierre PAUZE, Draw Me a Brainrot, 2025-2026.
Huile sur toile, peinture murale, 3 écrans, câbles, vinyle Oil on canvas, mural, 3 screens, cables, vinyl. Dimensions variables,
Peinture : 150 x 150 cm
Production in situ MO.CO. Montpellier Contemporain

Les leçons du minimalisme

Sans chercher à marcher dans les pas de Djamel Tatah, dont un superbe portrait ouvre l’exposition, les artistes semblent avoir médité les leçons de minimalisme qui en caractérisent la peinture ; épurée, intériorisée, aux fonds monochromes reconnaissables entre tous. L’art de la miniature s’invite ainsi dans les œuvres de Zélie Nguyen dont la suggestion allégorique rappelle la peinture de la Renaissance, dans les huiles sur bois ou dessins à l’encre de Chine de Raphaëlle Benzimra inspirés de L’Apocalypse de Jean, mais aussi dans les huiles sur toile de Rayan Yasmineh jouant allègrement des codes de l’iconographie persane ou moghole et de l’art classique occidental.

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Rayan YASMINEH, Le siège, 2025, huile sur bois, 46 x 38 cm. Courtesy de l’artiste et mor charpentier

Si la peinture se taille la part du lion, les artistes savent aussi s’affranchir du support de la toile pour priser d’autres médiums tels que la sculpture, l’art textile ou l’installation, notamment multimédia. Celle de Pierre Pauze, diplômé des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy, Draw me a Brainrot réussit le prodige de contourner les informations apportées par une IA générative pour laisser advenir une peinture murale irruptive et volcanique qui semble embraser l’espace d’exposition. N’est-ce pas l’une des plus belles réponses que l’on puisse apporter à la fois à son enseignant et à un monde de plus en plus promis à des programmes dématérialisés que de laisser l’expression artistique surgir comme une force vitale insubmersible ?

Olivier Rachet

Exposition « L’esprit de l’atelier » 16 artistes formés aux Beaux-Arts de Paris avec Djamel Tatah, MO.CO Panacée, Montpellier, jusqu’au 3 mai 2026, avec Djabril Boukhenaïssi, Mathilde Denize, Clémence Gbonon, Bilal Hamdad, Pierre Pauze, Nina Jayasuriya, Tristan Chevillard, Kenia Almaraz Murillo, Blaise Schwartz, Léo Dorfner, Fabien Conti, David Mbuyi, Dora Jeridi, Zélie Nguyen, Raphaëlle Benzimra, Rayan Yasmineh.

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Vues d’exposition « L’esprit de l’atelier. 16 artistes formés aux Beaux-Arts de Paris avec Djamel Tatah », MO.CO. Panacée, Montpellier, 2026. Photo : Marc Domage / MO.CO. Montpellier Contemporain © Adagp, Paris, 2026
Sixteen artists who studied in Djamel Tatah’s studio at the Beaux-Arts de Paris come together in the exhibition « L’esprit de l’atelier », presenting singular artistic worlds that engage in a subtle dialogue with art history.
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Léo DORFNER, Strange Cults, 2022, aquarelle sur papier, 160 x 120 cm. Courtesy galerie Claire Gastaud ©Adagp, Paris, 2026.
“I never gave them the references.” From 2008 to 2023, painter Djamel Tatah taught at the Beaux-Arts de Paris without ever trying to impose a style. Built on a paradoxical form of autodidacticism, his teaching encouraged individual singularities to emerge and allowed each student’s creative potential to unfold. “I suggested directions and they went looking for their own points of reference. I tried to make them feel that the most important thing is the search itself,” he explains in an interview with Numa Hambursin, curator of “L’esprit de l’atelier”, currently on view at MO.CO in Montpellier.
That search often takes the form of an introspective process, producing highly personal and frequently troubled visions. A romantic sensibility surfaces in the paintings of Bilal Hamdad, whose series L’Horizon, depicting recumbent figures, draws inspiration from the iconic painting Ophelia by British artist John Everett Millais. It also appears in the work of Fabien Conti, where bucolic imagery is unsettled by an atmosphere of quiet unease.
la bibliothäque de babel
Zélie NGUYEN, La bibliothèque de babel, 2023, huile sur bois, 46 x 38 cm. Collection privée. Courtesy By Lara Sedbon
Elsewhere, the fantastical enters more abruptly. In the compelling works of Blaise Schwartz, mollusks and bats appear to take possession of a planet on the verge of disintegration.
Even more unsettling are the paintings of Clémence Gbonon and Dora Jeridi. Their work engages with the figurative and abstract expressionism of artists such as Francis Bacon and Philip Guston, exploring the unconscious of a world seemingly surrendered to destructive forces. Jeridi’s paintings, Pony Club (Guernica for Kids) and Lonely Child, temper the violence of their lines through the use of oil sticks, suggesting the loss of an innocent gaze upon a world burdened with its own violence.
Lessons in minimalism
Without attempting to follow directly in Djamel Tatah’s footsteps, whose striking portrait opens the exhibition, the artists appear to have absorbed the lessons of minimalism that define his painting. Spare, introspective, and set against distinctive monochrome backgrounds, Tatah’s aesthetic resonates throughout the show.
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Blaise SCHWARTZ, Mouvement au sol, 2023, huile sur toile, 100 x 80cm.
A miniature sensibility emerges in several works. In the paintings of Zélie Nguyen, allegorical suggestion recalls Renaissance painting. Raphaëlle Benzimra’s oils on wood and ink drawings draw inspiration from L’Apocalypse de Jean, while Rayan Yasmineh’s oils on canvas play freely with the codes of Persian and Mughal iconography alongside Western classical painting.
While painting dominates the exhibition, the artists also move beyond the canvas, embracing media such as sculpture, textile art and installation, including multimedia work. Pierre Pauze’s installation Draw me a Brainrot, created by the graduate of both the Beaux-Arts de Paris and Le Fresnoy, achieves the remarkable feat of sidestepping the informational outputs of generative AI. In doing so, it gives rise to an eruptive, almost volcanic wall painting that seems to ignite the exhibition space.
What better response could there be, both to a teacher’s legacy and to a world increasingly shaped by dematerialized systems, than allowing artistic expression to emerge as an irrepressible vital force?
Olivier Rachet
Exhibition « L’esprit de l’atelier »
16 artists trained at the Beaux-Arts de Paris with Djamel Tatah
MO.CO Panacée, Montpellier
Until May 3, 2026
With Djabril Boukhenaïssi, Mathilde Denize, Clémence Gbonon, Bilal Hamdad, Pierre Pauze, Nina Jayasuriya, Tristan Chevillard, Kenia Almaraz Murillo, Blaise Schwartz, Léo Dorfner, Fabien Conti, David Mbuyi, Dora Jeridi, Zélie Nguyen, Raphaëlle Benzimra, Rayan Yasmineh.
Tristan
Tristan CHEVILLARD, La gorge du dragon (Post-industrial effigy) a tribute to Gyaos, 2025, matériaux mixtes, dimensions variables.
Courtesy de l’artiste. Photo : Tristan Chevillard