Invitée par le Festival d’Automne à Paris, Bouchra Khalili livre un triptyque filmique poignant qui réaffirme le rôle du théâtre comme espace de récit collectif et de prise de parole politique.
Elle s’est fait connaître par ses « Constellations » qui projetaient dans le ciel le laborieux chemin terrestre des migrants. Bouchra Khalili réactive cette métaphore céleste avec « Astérismes », trois installations parsemées dans Paris et sa banlieue qui investissent des plateaux de théâtre, lieux assez inhabituels pour les arts plastiques, afin de faire dialoguer le film et le spectacle vivant. Pour Clément Dirié, commissaire de cette intervention tripartite, Bouchra Khalili « donne à connaître et à comprendre des histoires qu’on ne connaissait pas, ce qui selon moi est l’une des fonctions principales de l’artiste aujourd’hui.»

Ce travail au long cours rappelle en ces temps politiques troublés le potentiel démocratique du théâtre à travers le temps et l’espace, entremêlant récits documentaires et fictionnels. Bouchra Khalili dresse ainsi des ponts entre l’agora athénienne et la halka marrakchie, convoque le Mouvement des Travailleurs Arabes de Marseille à Gennevilliers (l’un des lieux d’exposition) et leurs émanations théâtrales, les troupes Al Assifa (« la tempête ») et Al Halaka (« le cercle » en arabe). En écho, elle fait planer l’ombre de Pasolini, lui qui disait que « l’Afrique commence à la périphérie de Rome ». Bouchra Khalili fait surtout revivre la mémoire de la poétesse amazighe Mririda n’Aït Attik, originaire du Tassaout, et l’incroyable candidature de Djellali Kamal à l’élection présidentielle française de 1974, qui représentait tous les travailleurs immigrés, largement discriminés à l’époque.

Il en ressort un retour aux sources salvateur qui nous rappelle que le théâtre est une liberté d’expression indispensable à l’exercice de la démocratie. Faisant intervenir des comédiens amateurs et des protagonistes issus de l’immigration, ils postulent très simplement que « le théâtre respecte notre parole. C’est une raison suffisante pour faire du théâtre ».
Reliant aussi les grandes institutions de l’art arabe et occidental, le 1er film montré au Théâtre de Gennevilliers a été produit pour la Documenta d’Athènes en 2017, le 2e montré à l’Odéon Berthier par la Fondation Sharjah et le 3e au Théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt par l’AFAC en 2025. Les « Astérismes » de Bouchra Khalili sont ainsi « autant d’histoires et de destins à lire dans le ciel ». Marie Moignard
Festival d’Automne, du 4 septembre au 31 décembre 2025, divers lieux, Paris et sa région. Bouchra Khalili, Astérismes (Fig. 1 à 3) T2G Théatre de Gennevilliers (24 septembre – 26 octobre) – Odéon- Théatre de l’Europe (2 au 26 octobre) / Théatre de la ville (22 – 29 octobre).

