À Marrakech, le Harvest Festival réveille les consciences écologiques // In Marrakech, the Harvest Festival awakens ecological consciousness

Pour sa cinquième édition, le Harvest Festival propose à l’espace DaDa de Marrakech plusieurs expositions militantes, dans une grande diversité de médiums. English below on mobile.
Initié en 2021 par l’ONG Global Diversity Foundation, le Harvest Festival ambitionnait au départ de célébrer la fête des moissons et des récoltes. Face aux différentes urgences climatiques, la manifestation prend aujourd’hui une autre ampleur et propose toute une série de rencontres et d’expositions qui se tiennent essentiellement à Dar Bellarj, à l’espace d’art Le 18 et à DaDa, situé sur une place Jamaa el-Fna en plein travaux de rénovation. « L’une des idées fortes du festival, souligne Francesca Masoero, co-organisatrice des expositions, était de tisser des liens entre les communautés rurales et les communautés urbaines », en s’associant avec des artistes « sensibles aux questions d’environnement, de mémoire collective ou de patrimoine intangible ». Parmi les temps forts, se tient le 26 novembre un Forum sur la souveraineté alimentaire, ouvert exclusivement aux acteurs engagés de la région. Contrairement aux éditions précédentes, le parcours d’exposition de cette année  est des plus ambitieux et battra son plein jusqu’au 21 décembre. 

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Catharsis, exposition de Ahmad Makia & Eduardo Cassina. Précedement les oeuvres ont été montrées à Porto Design Biennale.

Urgences écologiques

Intitulé « Échologies » terme défendu par la philosophe et journaliste Séverine Kodjo-Grandvaux pour évoquer les relations d’interdépendance liées aux effets du dérèglement climatique  le parcours se déroule en trois temps. L’espace DaDa présente Catharsis, une exposition conçue par Margarida Mendes et initialement montrée à la Porto Design Biennale 2023. Réalisée en collaboration avec le programme Qanat, elle réunit des collectifs et artistes activistes venus d’Inde, de Colombie, d’Amérique du Nord et du Maroc, autour des poétiques et politiques de l’eau. L’artiste marocain Othmane Ouallal, originaire de la région oasienne de Tazarine dans le sud-est marocain, dévoile ainsi une installation sculpturale qui évoque une construction vernaculaire dans laquelle la terre crue est concurrencée par du béton, symptôme d’un savoir-faire en voie d’extinction face à une urbanisation galopante. Aux côtés de plateformes numériques de recherche américaine ou colombienne, telles que The New Orleans / Bulbancha Water Map  ou entre-ríos, l’exposition présente des œuvres plus engagées, à l’image des bannières coup de poing du collectif Onaman formé par les artistes Christi Belcourt et Isaac Murdoch qui se disent « environnementalistes autochtones » d’Amérique du nord. Une vidéo du réalisateur indien Nandan Saxena frappe aussi par sa portée militante : on y voit des habitants de l’État du Madhya Pradesh protester contre les inondations causées par un barrage, en restant immergés dans l’eau d’une rivière pendant plusieurs jours.

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Mehdi Karera, Marionette, exposition Everything That Is.

Conscience palestinienne

Les deux autres expositions du parcours, « No traces of life » et « Everything that is », abordent la question de la Palestine, sous un angle inhabituel. Basée à Londres, l’agence de recherche Forensic Architecture, spécialisée dans l’enquête sur les violences d’État et celles des entreprises, propose ici une analyse fondée sur des images satellitaires des dommages causés par l’usage d’herbicides à la frontière entre Gaza et Israël. « Les manières dont les politiques d’apartheid et d’occupation sont activées à Gaza deviennent visibles lorsque nous observons la transformation historique de ses terres agricoles », commente Shourideh Molavi, chercheuse au Forensic Architecture et également curatrice de la troisième exposition « Everything that is ». Elle réunit des photographies argentiques récentes montrant le site de l’université Al Azhar de Gaza en grande partie détruit transformé en abri de fortune aux côtés d’une vidéo retraçant le parcours d’un des derniers marionnettistes de Gaza, Mahdi Karira. De part et d’autre de l’écran, cinq marionnettes désarticulées, en provenance directe de Gaza, semblent témoigner pour l’Histoire des massacres, et suggèrent timidement, pour reprendre le titre de la première exposition, qu’une catharsis par l’art demeure encore possible. Olivier Rachet 

 

Harvest Festival, Marrakech

Programmation publique : jusqu’au 2 novembre 2025
Forum sur la souveraineté alimentaire : le 26 novembre 2025
Expositions : jusqu’au 21 décembre 2025

Plus d’infos : https://www.marrakechfestivals.org

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Forensic Architecture, No Traces of Life, exposition From Herbicide to Ecocide
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Catharsis, exposition de Ahmad Makia & Eduardo Cassina. Précedement les oeuvres ont été montrées à Porto Design Biennale.
For its fifth edition, the Harvest Festival is presenting a series of activist-minded exhibitions at DaDa, a contemporary art space in Marrakech, showcasing an unusually broad range of mediums.
Launched in 2021 by the NGO Global Diversity Foundation, the festival was originally conceived as a celebration of harvest rituals. As climate emergencies have multiplied, the event has taken on a new urgency. This year’s program brings together talks, workshops and exhibitions across several venues, primarily Dar Bellarj, Le 18, and DaDa, which sits on a corner of the Jemaa el-Fna square currently undergoing renovation. “One of the festival’s central ideas,” explains Francesca Masoero, co-organizer of the exhibitions, “was to build bridges between rural and urban communities” by working with artists “attuned to questions of the environment, collective memory and intangible heritage.” Among the highlights is a closed-door Food Sovereignty Forum on November 26, reserved for regional activists. The exhibition trail is more ambitious than in previous editions and will run until December 21.
Ecological urgencies
Titled Echologies, a word championed by philosopher and journalist Séverine Kodjo-Grandvaux to describe the intertwined relationships shaped by climate disruption, the program unfolds in three parts. At DaDa, visitors encounter Catharsis, an exhibition curated by Margarida Mendes and first shown at the 2023 Porto Design Biennale. Developed in collaboration with the Qanat program, it gathers activist artists and collectives from India, Colombia, North America and Morocco around the political and poetic dimensions of water.
Moroccan artist Othmane Ouallal, who comes from the oasis region of Tazarine in the country’s southeast, presents a sculptural installation inspired by vernacular architecture. Earthen structures, once central to the area, appear overshadowed by concrete, a sign of a disappearing craft in the face of accelerating urbanization. Alongside research-driven digital platforms from the United States and Colombia, such as The New Orleans / Bulbancha Water Map and entre-ríos, the exhibition includes works of overt political engagement, including the striking protest banners by the Onaman collective, founded by North American Indigenous artists Christi Belcourt and Isaac Murdoch. The Indian filmmaker Nandan Saxena contributes a video with a forceful political charge, showing residents of Madhya Pradesh standing for days in waist-deep river water to protest inundations caused by a dam.
Palestinian consciousness
The other two exhibitions in the program, No Traces of Life and Everything That Is, approach the question of Palestine from a rarely seen perspective. London-based research agency Forensic Architecture, known for its investigations into state and corporate violence, presents an analysis based on satellite imagery that traces the damage caused by herbicides deployed along the border between Gaza and Israel. “The ways in which apartheid and occupation policies are enacted in Gaza become visible when we examine the historical transformation of its agricultural land,” explains Shourideh Molavi, a researcher at Forensic Architecture and curator of the third exhibition, Everything That Is.
This final chapter brings together recent analog photographs of the Al-Azhar University site in Gaza. Largely destroyed, the campus has become a makeshift shelter. The photographs are shown alongside a video following the life and work of one of Gaza’s last puppeteers, Mahdi Karira. On either side of the screen, five disjointed puppets, transported directly from Gaza, seem to testify to the massacres and to suggest, quietly and poignantly, that a form of catharsis through art may still be possible, echoing the title of the festival’s first exhibition.
Olivier Rachet
Harvest Festival, Marrakech
Public program: through November 2, 2025
Food Sovereignty Forum: November 26, 2025
Exhibitions: through December 21, 2025
More information: https://www.marrakechfestivals.org