L’Odyssée hertzienne de Hiba Baddou

Cet automne, Hiba Baddou transforme l’Artist Room du Macaal en un univers rétro-futuriste, méditation sur le pouvoir des images et leur emprise. 
Vêtues de blanc, étrangement coiffées de paraboles, des silhouettes avancent en silence dans l’immensité du désert. Quelle mystérieuse quête guide donc cette procession ? Telle est la question lancinante qui émerge dès les premières minutes du court-métrage de Hiba Baddou, Paraboles, la sacralisation des images. Pierre angulaire de l’exposition présentée au Macaal, ce film à la mise en scène impeccable plonge dans l’univers de la République d’Hertz, une société fictive peuplée d’êtres hybrides, mi-humain mi-parabole. « La République d’Hertz est la métaphore d’un pays marqué par son héritage colonial, explique l’artiste. Elle est une façon d’évoquer les identités partiellement fracturées par le poids de la colonisation.» Car dans le monde hertzien de Baddou, la parabole devient le symbole paradoxal d’une ouverture au monde qui déracine plus qu’elle ne relie, emblème d’une aliénation aux récits d’une culture globale façonnée par l’Occident. « La télévision a longtemps été l’une de nos fenêtres sur le monde. Or, elle était surtout alimentée par des images venues d’Occident, qui nous ont fait rêver, que nous avons intégrées, jusqu’à modeler en nous des identités hybrides, prises dans un entre-deux. Ces flux d’images n’occupaient pas seulement nos écrans : ils orientaient nos imaginaires » La République d’Hertz agit alors comme un miroir critique, dévoilant l’emprise des représentations et la nécessité de s’en libérer. À l’image des personnages du film de Baddou qui finissent par se délester de leurs paraboles. 

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Hertzian Prayer I (Prière hertzienne), 60 × 90 cm

Esthétique rétro-futuriste

Paraboles n’est pas seulement un film mais une expérience immersive. Pensé « comme une constellation », le projet se déploie aussi bien à travers la photographie, l’installation ou la sculpture, esquissant dans une logique d’œuvre totale les contours d’un univers régi par ses propres codes. Hiba Baddou a ainsi imaginé les passeports de cette république fictive, ses tampons ou encore sa langue dont la graphie rappelle aussi bien la calligraphie arabe que le sanskrit indien. Autant de fragments qui donnent chair à cette fiction. Mais c’est sans doute l’esthétique rétro-futuriste qui donne à cette odyssée hertzienne toute sa force visuelle. Costumes blancs, processions silencieuses, désert atemporel : Baddou compose une iconographie à mi-chemin entre péplum biblique et science-fiction. Un univers amplifié par les sculptures monumentales de l’Allemand Hannsjörg Voth, dans le sud marocain, où l’artiste a tourné plusieurs séquences. La Cité d’Orion, La Spirale d’or inspirée de la suite de Fibonacci ou encore l’Escalier céleste — maintes fois photographié par Hakim Benchekroun ou Khalil Nemmaoui — deviennent les décors d’une fiction aux accents mythologiques. Un univers visuel qui n’est pas sans rappeler l’afrofuturisme, même si Hiba Baddou ne revendique pas ouvertement cette filiation : « mon ambition en tant qu’artiste, dit-elle, c’est d’universaliser les messages et non de les réduire à des territoires ». Afro-Futuriste ou non, Hiba Baddou façonne des images d’une redoutable efficacité, dans la lignée d’un Mous Lamrabat qu’elle rejoint aujourd’hui à la Loft Art Gallery. Et si ses citoyens hertziens rêvent de s’affranchir des images, l’artiste, elle, ne cesse de nous en offrir d’autres tout aussi puissantes. C’est peut-être là le cœur de son art : dire l’aliénation à travers la séduction même des images. Hiba Baddou, Paraboles, une odyssée hertzienne, Macaal, à partir du 12 septembre. 

Hertzian-Prayer-l-PriŠre-Hertzienne
Hiba Baddou, Hertzian Prayer I (Prière hertzienne), 60 × 90 cm
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Hiba Baddou, Hertz, Republic III (République d’Hertz), 100 × 39 cm
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Hiba Baddou © Léo Geoffrion