De Londres à Marrakech, 9 expositions qui donnent le ton de la rentrée

De Londres à Marrakech, de Paris à New York, la rentrée artistique se joue à l’échelle internationale. Passé colonial, dystopie rétrofuturiste, panafricanisme ou nouvelles iconographies noires : Diptyk propose sa sélection d’expositions qui esquissent les tendances de la saison à venir. 

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Parliament of Ghosts d’Ibrahim Mahama, MIF19. Crédit photo : Michael Pollard

Les fantômes d’Ibrahim Mahama à Londres 

La plateforme digitale Ibraaz, lancée en 2011 par la Fondation Kamel Lazaar pour promouvoir les scènes artistiques de la région MENA, ouvre un lieu culturel à Londres. Pour son inauguration le 3 octobre prochain, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama  réactive son installation in situ Parliament of Ghosts, présentée à la Biennale d’Architecture de Venise en 2023. À travers la collecte d’objets symboliques (mobilier colonial, toiles de jute, etc.), Mahama explore les impacts de la colonisation britannique et leurs répercussions dans le Ghana post-indépendance. Cela promet d’être magistral, comme souvent avec Mahama.    

Ibrahim Mahama, « Parliament of Ghosts », Ibraaz, 3 octobre 2025 à février 2026.

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Otobong Nkanga, In Pursuit of Bling, vue d’installation Otobong Nkanga: To Dig a Hole That Collapses Again, MCA Chicago, 31 mars – 2 septembre 2018, © Photo : Nathan Keay, © MCA Chicago

Otobong Nkanga au Musée d’Art Moderne de Paris

C’est la première rétrospective en France de cette artiste nigériane devenue ces dernières années incontournable. Otobong Nkanga manie aussi bien le dessin, la photographie, la tapisserie ou l’installation pour nourrir un univers mystérieux où la terre se fragmente et les corps se démantèlent. Il y est aussi question de failles sismiques comme de fracture dans notre rapport à la nature. « Je pense la Terre comme un être, comme notre corps : l’eau, l’air, l’arbre, la pierre, la plante sont des êtres comme notre corps. » Sans doute un des moments forts de la saison 2025-2026 de la capitale française. 

Otobong Nkanga, « I dreamt of you in colours », MAM, du 10 octobre 2025 au 22 février 2026.

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John Wilson, Martin Luther King, Jr., 2002, eau-forte et aquatinte sur chine collé. Courtesy of the Estate of John Wilson.

John Wilson, une figure méconnue de l’art afro-américain 

Célébré à Boston mais longtemps sous-estimé au niveau international, John Wilson (1922–2015) est pourtant une figure importante de la peinture afro-américaine. Le MET le réhabilite aujourd’hui en présentant une centaine de ses œuvres couvrant 6 décennies de pratique, et dont beaucoup sont exposées pour la première fois. Frappé par le manque de représentation de l’expérience afro-américaine dans l’art, Wilson a consacré son travail à rendre visibles des sujets intimes (famille, scène de la vie quotidienne) ou collectifs comme la violence raciale ou le mouvement des droits civiques. Il a notamment réalisé la sculpture de Martin Luther King visible au Capitole de Washington et la monumentale Eternal Presence à Boston.

« Witnessing Humanity: The Art of John Wilson », MET, du 20 septembre 2025 au 8 février 2026.

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Simone Leigh, Dunham, 2017, terre cuite, porcelaine, raphia, acier, verre, résine époxy et encre. © 2017 Simone Leigh

L’art et le panafricanisme

Après Chicago et Londres, « Project a Black Planet: The Art and Culture of Panafrica » s’installe au MACBA de Barcelone cet automne. Cette exposition consacrée aux manifestations culturelles du panafricanisme, des années 1920 à aujourd’hui, rassemble quelque 350 œuvres d’une centaine d’artistes pour présenter le panafricanisme comme mouvance fondatrice et émancipatrice. Elle y aborde notamment l’art de la diaspora et les liens que celle-ci tisse entre l’Afrique et les communautés noires du monde entier. Une exposition qui circulera ensuite en Belgique, au KANAL–Centre Pompidou. 

« Project a Black Planet: The Art and Culture of Panafrica », MACBA, du 6 novembre 2025 au 6 avril 2026.

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Sara Ouhaddou, « Cosmogrammes ».

Les Cosmogrammes de Sara Ouhaddou à l’Institut des Cultures d’Islam

Récemment exposée au MACAAL, Sara Ouhaddou est une artiste que l’on ne présente plus. Connue pour sa pratique pluridisciplinaire fondée sur la collaboration avec des artisans au Maroc et à l’international, Ouhaddou explore des savoir-faire traditionnels comme le verre, la céramique, le tissage ou la broderie. À l’ICI, l’artiste déploie un dispositif sonore inédit, sur l’ensemble du parcours. À travers des témoignages et bribes de conversations avec les artisans, Ouhaddou raconte son œuvre en même temps qu’elle l’expose au regard.  

Sara Ouhaddou, « Cosmogrammes », ICI, du 20 septembre 2025 au 15 février 2026.

Hoda Afshar
Hoda Afshar, Speak the Wind, 2015 – 2020 © Hoda Afshar

Le Maroc colonial disséqué par Hoda Afshar

L’exposition « Performer l’invisible » de la photographe iranienne Hoda Afshar décortique le regard colonial porté sur la femme et le voile. L’artiste a exploré les archives du musée du Quai Branly pour en extraire le fonds photographique du médecin-psychiatre Gaëtan de Clérambault, des centaines de tirages réalisés au Maroc entre 1918 et 1919. Son installation The Fold « interroge la manière dont le médium photographique, utilisé par les pouvoirs dominants, façonne — et parfois enferme — la représentation des corps ». On pourra également découvrir sa série Speak the Wind, qui explore les croyances liées à des entités malfaisantes incarnées par les vents, dans le sud de l’Iran.

Hoda Afshar,  « Performer l’invisible », Musée du Quai Branly- Jacques Chirac, du 30 septembre 2025 au 25 janvier 2026. 

TYLER MITCHELL
© Elliot Verdier

Le Black way of life de Tyler Mitchell 

Il appartient à la nouvelle génération de photographes américains. En 2018, Tyler Mitchell devient le premier photographe noir à signer une couverture de Vogue US, avec la complicité de Beyoncé. Ses mises en scène aux couleurs vives s’inscrivent dans le mouvement de la New Black Vanguard qui façonne une culture visuelle à la croisée de la pop culture, de la mode et d’Instagram. Sa photographie, séduisante visuellement, cherche à créer de nouvelles images de l’expérience noire américaine. Même si l’on est très loin d’une quelconque critique sociale. Pourquoi pas.

Tyler Mitchell, « Wish This Was Real », Maison européenne de la photographie, du 15 octobre 2025 au 25 janvier 2026.

Roméo Mivekannin
© Elliot Verdier

Roméo Mivekannin à la Fondation H 

Présent en juin dernier dans la section Unlimited d’Art Basel aux côtés de pontes comme Oscar Murillo, Yayoi Kusama ou Danh Vo, Roméo Mivekannin s’est imposé patiemment sur la scène internationale, inconditionnellement soutenu par sa galeriste Cécile Fakhoury. Connu pour ses détournements de chefs-d’œuvre de la peinture occidentale qu’il « hacke » en y insérant ses propres autoportraits, l’artiste investit en octobre les espaces de la Fondation H à Antananarivo. Dans sa série La mémoire, l’écriture, l’archive, il s’inspire de cartes postales coloniales glanées à Madagascar pour réaliser des peintures sur textiles, rehaussées de broderies confectionnées par des artisanes malgaches. Une orientation nouvelle dans son travail que l’on est impatient de découvrir.

Roméo Mivekannin, « Correspondances  », Fondation H, Antananarivo, du 3 octobre 2025 au 21 mars 2026.

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© Hiba Baddou

Les rêveries futuristes d’Hiba Baddou à Marrakech

Réouvert au printemps dernier, le MACAAL inaugurait l’Artist Room, un nouvel espace d’exposition temporaire. Après Sara Ouhaddou, c’est la jeune artiste rabatie Hiba Baddou qui y présente Paraboles, un projet protéiforme déployé à travers la vidéo, la photographie, l’installation et la sculpture. Elle y met en scène une communauté fictive, la République d’Hertz, peuplée d’étranges citoyens affublés de paraboles. Une réflexion sur l’oscillation permanente entre l’aliénation — aux technologies ou aux racines — et le désir d’émancipation. Pour ce projet immersif, Baddou est même allée jusqu’à inventer une langue propre à cette République, dessinant un univers clos régi par ses logiques propres, qui évoque les imaginaires de l’afro-futurisme. Paraboles a été présentée à la Biennale de Dakar en 2024 et a reçu le prix Art for Change 2024 décerné par le groupe M&C Saatchi.   

Hiba Baddou, MACAAL, septembre 2025. Emmanuelle Outtier