Originaire de Toulouse et actuellement étudiante aux Beaux-Arts de Marseille, Lila Semtob mobilise le tissu, la broderie et la poésie pour interroger les méandres de la mémoire, l’identité et les silences transgénérationnels.
« Réparer le silence, c’est lui faire face. Ce n’est pas une question de guérison ou de consolation. C’est accepter qu’il existe et qu’il façonne nos gestes, nos mots, nos corps. Ce silence, j’en ai hérité. Dans ma famille, il y a peu de traces : des récits étouffés, des photos sans contexte, des objets isolés. Ces absences m’ont longtemps semblé impalpables, mais elles pèsent sur tout ce que je crée. Mon histoire se situe entre deux héritages : celui, ouvrier et militant, de la résistance française, et celui, fragmenté, de ma famille juive marocaine. Ce mélange a toujours influencé mon rapport à la transmission. Les absences deviennent des outils de pouvoir, des fractures imposées qui traversent les générations.
Créer, pour moi, c’est dialoguer avec ce qui manque. Je travaille à partir de ce vide, de ces récits non dits, pour leur donner une forme. Mes gestes – broder, écrire, assembler – sont instinctifs, presque viscéraux. Parfois, je découvre dans mes œuvres des échos de pratiques artisanales marocaines que je n’ai jamais apprises. C’est une mémoire transmise sans mots, gravée dans mon corps. Ce qui m’importe, ce n’est pas de raconter une histoire linéaire, mais d’incarner l’écho de ce qui a été tu. Réparer, ce n’est pas effacer ou guérir. C’est inscrire le silence dans le présent, lui donner une gravité, un poids. Car ce qui n’a pas de poids finit par disparaître. »Propos recueillis par Basma Mansour

