Driss Ouaamar tend un fil contre l’oubli

Diplômé des Beaux-Arts de Tétouan, Driss Ouaamar s’attache à animer ce qui n’a plus de voix. Face à une modernité qui efface peu à peu les récits et les identités, il interroge la manière dont les communautés marginalisées réaffirment leur pouvoir d’agir.
« J’ai grandi au fil d’histoires qui risquaient de s’éteindre avant même que je ne puisse les comprendre. Dans mon village, les chants qui invoquaient la pluie se sont tus avec l’arrivée de l’eau et de l’électricité, tandis que l’exil arrachait des pans entiers de notre mémoire collective. Pour contrer cet oubli progressif, je me suis tourné vers l’art. D’abord par le cinéma à la Faculté polydisciplinaire de Ouarzazate, afin de saisir l’éphémère mouvement de la vie ; puis, en rejoignant les Beaux-Arts de Tétouan, j’ai découvert la bande dessinée, un médium qui prolonge le langage du cinéma par son découpage narratif et son dynamisme visuel et qui, à l’image de l’animation, donne un souffle nouveau aux récits de mon enfance.

En alliant dessin, installation, réalité virtuelle et vidéo, j’essaie de tisser des ponts entre les fragments de mémoire et de donner forme à l’invisible. Cette approche se reflète dans deux projets majeurs : The Bride of the Rain évoque le rite ancestral des femmes de mon village, qui jadis invoquaient l’eau pour rompre la sécheresse, tandis que L’Empreinte de la diaspora, expérience en réalité virtuelle, retrace le parcours de mon grand-père, parti travailler dans les mines du Pas-de-Calais sur la base de fausses promesses. La modernité a relégué chants et croyances au passé, mais aussi réduit des vies au silence et à l’exil. Mon art est une fragile tentative de préserver ces récits de l’obscurité. »Propos recueillis par Basma Mansour

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Vue de l’installation immersive en réalité virtuelle Opacité, issue du projet L’Empreinte de la Diaspora, 2025