Au moment où ce numéro est imprimé, le destin du futur pavillon du Maroc à Venise se scelle. Vous pourrez lire dans notre édition numérique quel ensemble curateur-artiste(s) représentera la vitalité de la scène contemporaine marocaine. Il y aura des joies et des colères mais il faudra que cela advienne.
Pour une première participation sous forme de pavillon national, un pays essaie toujours de frapper fort et juste. On se souvient avec émotion du premier pavillon du Ghana qui faisait en 2019 une entrée fracassante sur la scène vénitienne et son public ultra-averti.
« Cela signifie beaucoup pour nous d’avoir notre premier pavillon national à Venise, en particulier au moment où il est question de la restitution de nos objets culturels et de la façon dont cela redéfinit notre place dans le monde », affirmait la commissaire Nana Oforiatta-Ayim, qui s’était entourée des conseils stratégiques et artistiques du grand Okwui Enwezor, juste avant sa disparition. Sur fond de restitution et de justice mémorielle, le Ghana avait écouté les signaux de son époque et y avait répondu d’un geste magistral et incarné.
Après une pandémie, sur fond de guerres, de génocide et d’une géopolitique en perte de repères, de quoi est fait notre Zeitgeist, en 2025 ? Disparue prématurément le 10 mai en endeuillant le monde de l’art, la curatrice camerounaise Koyo Kouoh, qui devait diriger l’édition 2026 de la biennale, a laissé ces mots qui résonnent de leur lucidité divinatoire : « Peut-être, le temps est-il venu. Nous avons besoin de quelque chose d’autre. Nous avons besoin d’écouter. Nous avons besoin d’aimer, de nous occuper de la beauté. Nous avons besoin de jouer, de vivre avec la poésie. […] Nous avons besoin de nous reposer et de nous restaurer. Nous avons besoin de respirer. Nous avons besoin de la radicalité de la joie. » Rapportés par son équipe curatoriale lors d’une conférence de presse tenue le 27 mai dernier dans la cité des Doges, ces propos, qui énoncent les maux de notre temps en même temps qu’ils en donnent le remède, devront servir de mantra à toutes les scènes qui se préparent pour cette grand-messe.
Ce qui semble faire notre époque, c’est un composé d’instantanéité, d’individualisme connecté, d’angoisse écologique et de quête de soi. Et comme on n’échappe pas à l’esprit du temps – c’est le sens même du Zeitgeist –, les pages de ce numéro d’été 2025 sont parcourues de sujets qui, déjà, résonnent de ces paroles d’outre-tombe, des paroles qui soignent. Vous verrez, par exemple, si les photographies d’Iman Zaoin, qui cartographie « cette transformation silencieuse, ce moment fragile où l’ancien monde vacille sans que le nouveau ne soit encore défini », incarnent cette grande fatigue dont parle Koyo, ce besoin d’écouter, d’aimer, de s’occuper de la beauté, de se reposer et de se restaurer.
Pour la radicalité de la joie, il faudra encore travailler.
Meryem Sebti.