La dernière exposition de la plasticienne à Rabat déploie un univers de formes ornementales à partir de matériaux de l’intime.
Pour son exposition « شَِـعـــر Poésie tressée, Cheveux composés » présentée à L’appartement 22, la plasticienne Khadija El Abyad s’autorise d’un rapprochement lexical entre deux termes désignant en arabe à la fois le cheveu et la poésie, dont la racine commune est Shi’r. Le cheveu, qui est devenu l’un de ses matériaux de prédilection, est ainsi tressé, noué, entrelacé, comme l’explique Sanaa Zaghoud dans sa note curatoriale, donnant forme à différentes trames sur papier que l’artiste assimile à une représentation architecturale du corps humain. Le visage, le buste, les pieds sont schématisés à travers des formes géométriques produisant un léger effet de relief consécutif aux interventions de la plasticienne.

Tradition ornementaleTout comme le henné auquel elle a pu avoir recours, le cheveu lui permet une figurabilité abstraite de l’intime. À cette matière que d’aucuns pourraient assimiler à un rebut, l’artiste, qui a développé son projet lors d’une résidence à la Cité internationale des arts de Paris, ajoute des filets à cheveux — servant à façonner les chevelures — qu’elle choisit pour leur plasticité. Aux représentations épurées du corps humain s’ajoutent alors des formes organiques, elles aussi en volume, dont les dessins ne sont pas sans évoquer des architectures sacrées ou des anatomies féminines. La tradition ornementale est au cœur d’une pratique artistique que Khadija El Abyad revendique comme étant performative où des formes géométriques octogonales ou losangées se déploient dans une tridimensionnalité soulignée par la présence de cadres que l’artiste perce parfois. La tradition aniconique des arts islamiques épouse une pratique artistique éminemment contemporaine dont la ligne directrice demeure la corporéité. On ne sait ce qui fascine le plus entre l’expression de tensions plastiques inhérentes à l’utilisation de matériaux aussi fragiles que malléables et la perpétuation d’une culture ayant érigé l’ornement comme horizon indépassable de la figuration. Olivier Rachet
Exposition « شَِـعـــر Poésie tressée, Cheveux composés » de Khadija El Abyad, L’appartement 22, Rabat, jusqu’au 24 mai 2025

