Mustapha Azeroual, l’abstraction comme quête d’absolu

Lauréat, en binôme avec la curatrice Marjolaine Lévy, du prix BMW 2024 pour sa série « Green Rays », Mustapha Azeroual persiste dans son exploration de l’infini et repousse les limites du médium photographique. Mêlant techniques anténumériques et digitales, rigueur scientifique, recherche philosophique et intuition, l’artiste livre des œuvres signifiantes et poétiques.

Exposée à Arles l’été dernier puis à Paris Photo à la rentrée, la série Green Rays fait réagir le public qui confie souvent à l’artiste : « Ça fait du bien. » Une phrase anodine mais qui résonne, pour Mustapha Azeroual, avec sa quête de beauté : « Un des enjeux de mon travail est de produire de la sensation positive, des œuvres agissantes. » Pour ce nouveau corpus composé de deux triptyques, un panneau et des mobiles circulaires, l’artiste s’intéresse cette fois-ci aux océans. Il confie à des marins un protocole de prise de vue pour récupérer des photos de couchers de soleil en haute mer des quatre coins du monde, tout en réduisant l’impact écologique de sa démarche. Dans la lignée du procédé employé pour Radiance, une série initiée en 2014 allant du Maroc à la Chine en passant par la France et l’Islande, le photographe pioche dans les pixels des images des marins qui lui servent de palette, comme un peintre se servirait de pigments, pour composer ses dégradés. Chaque œuvre est composée de trois dégradés issus de trois océans différents, pour finir par considérer l’océan comme un territoire unique. Un travail qu’Azeroual entend poursuivre notamment grâce à des rencontres, comme celle du navigateur Loïc Peyron.

En 2017, Marie Moignard le présentait déjà dans ces pages (Diptyk n° 37) comme « le futur de la photographie ». Mustapha Azeroual cherche manifestement à repousser encore les limites de ce médium. Travail, exigence intellectuelle et conceptuelle sont les leitmotivs de l’artiste, qui puise autant dans la philosophie que dans l’histoire des sciences pour alimenter ses projets. « Je reste néanmoins un partisan du faire, nuance-t-il, c’est dans l’expérimentation que les choses apparaissent. » S’il maîtrise des techniques comme la gomme bichromatée, un procédé non argentique du milieu du XIXe siècle, Mustapha Azeroual s’incline tout de même face au procédé qu’il ne peut « qu’orienter, diriger ». Guidé par ailleurs par son intuition, l’artiste parle d’un travail « presque à l’aveugle », où le résultat se révèle sans qu’il ait pu l’anticiper. Une source d’humilité et de révérence face à son procédé, qui arrive encore à le surprendre et à dépasser ses attentes, dans un monde devenu hyperprévisible : « Ça fait grandir en même temps que ça nourrit, c’est fascinant ! » confie-il.

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The Green Ray, Paris Photo, 2024

Photographier la lumière

Si, ces dernières années, l’abstraction a pris une place plus importante dans son travail, pour Mustapha Azeroual, il y a là une quête d’universalité quasi spirituelle dans son rapport à l’infini et à la perception : « La lumière rend les choses visibles, mais reste invisible à notre œil, elle nous renvoie à nos limites, à notre capacité de voir le monde. » L’expérience du sensible se fait alors au-delà du perceptible et fait écho à ce qui nous dépasse, que l’on ne comprend pas for- cément mais qui régit notre existence. Paradoxalement, c’est pour l’artiste « la forme la plus concrète de la photographie. Le sujet est la lumière, je photographie de la lumière, je restitue des formes, des structures de lumière, des productions concrètes de la lumière la plus directe qui soit ». Ainsi, Mustapha Azeroual refuse de se limiter aux images et assume totalement la dimension picturale de son travail, qui se retrouve plus dans la matière que dans la représentation.

Actuellement en résidence au Centre de la photographie de Mougins, dans le sud de la France, l’artiste prépare une exposition au printemps prochain à l’Espace de l’art concret. Un centre d’art contemporain où il a toujours rêvé de montrer son travail.

Par Chama Tahiri Ivorra

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Feu !, 2020, photogramme sur film négatif couleur – tirage argentique couleur papier métallique
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Monade, série Écho, 2019-2021, photogramme à la gomme bichromatée polychrome, 76 x 56 cm – 100 x 70 cm – 130 x 99 cm
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Monade, série Écho, 2019-2021, photogramme à la gomme bichromatée polychrome, 76 x 56 cm – 100 x 70 cm – 130 x 99 cm
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Monade, série Écho, 2019-2021, photogramme à la gomme bichromatée polychrome, 76 x 56 cm – 100 x 70 cm – 130 x 99 cm
Central-view
Radiance #9 (Goa), 2024, impression UV sur support lenticulaire, 190 x 120 cm
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Radiance #9 (Goa), 2024, impression UV sur support lenticulaire, 190 x 120 cm
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Radiance #6 (Maroc), 2019, impression UV sur support lenticulaire, 150 x 120 cm
Radiance#8_V4
Radiance #8 (Finisterrae), 2022, impression UV sur support lenticulaire, 165 x 120 cm
Radiance#8_V1
Radiance #8 (Finisterrae), 2022, impression UV sur support lenticulaire, 165 x 120 cm