L’espace d’art accueille à Rabat la sortie de résidence de l’artiste visuelle espagnole Ro Caminal qui revient sur un épisode central de la guerre du Rif, dans un souci de réconciliation des mémoires.
L’enquête historique est au cœur de l’approche de Ro Caminal, qui après avoir travaillé sur le quartier de la Casbah d’Alger ou l’urbanisme colonial de la ville de Tétouan, s’intéresse à la tradition des Izran. Ces chants épiques amazighs portés exclusivement par des voix féminines célèbrent les résistants passés et ponctuent la vidéo centrale de l’exposition « La terre qui chante résiste, et la terre qui résiste chante ». Intitulée Bled El Siba (Terre rebelle), la vidéo donne à voir, en des plans fixes méditatifs, les paysages montagneux de la région d’Anoual, accompagnés d’une bande son mêlant chants poétiques d’hier et d’aujourd’hui, sons d’archives et coups de canon. Dans la mémoire collective espagnole, nous précise l’artiste, « la bataille d’Anoual est connue comme le désastre d’Anoual. Les Espagnols ont bombardé alors le Rif avec des bombes chimiques. Il n’y a pas d’excuse pour cela. » Loin de s’ériger en justicière, Ro Caminal choisit plutôt de confronter, dans un montage alternant subtilement des plans en couleurs avec des plans en noir et blanc, des chants traditionnels avec des lamentations contemporaines. Une poétesse rifaine, contactée pour l’occasion, a produit un ensemble de quatrains évoquant le poids des traditions ou les blessures engendrées par les migrations. Une série d’œuvres plastiques, incluant dessins et photographies sur lesquels l’artiste intervient numériquement, souligne l’importance de réconcilier des mémoires qui souvent s’ignorent, ou pour le moins se méconnaissent. Olivier RachetExposition « La terre qui chante résiste, et la terre qui résiste chante » de Ro Caminal, L’appartement 22, Rabat, jusqu’au 8 mars 2025

impression sur papier Hahnemühle Rag.

impression sur papier Hahnemühle Rag

El Siba, 2024

vidéo Bled El Siba, 2024

El Siba, 2024