Investissant divers médias comme la peinture, la photographie et les documents d’archive, l’artiste ghanéen dépasse la matérialité des images et convoque l’abstraction pour approcher une vérité plus profonde.
Derrière la porte du studio de Kelvin Haizel, le silence se charge de promesses. À peine entré, on se retrouve immergé dans un univers où l’art se fait enquête et introspection. À la croisée des chemins entre le symbolisme des impressionnistes et la gestuelle libre de l’abstraction lyrique, l’artiste ghanéen de 37 ans se positionne au-delà de toute attente. Ses mouvements sur la toile relatent un vocabulaire visuel qui lui est propre : des jeux de lumière et des accumulations de matière, où l’effacement et le surgissement s’entrelacent.

Au cœur de l’effervescence d’Accra, son atelier semble réfléchir son désir de sonder les traces humaines, comme un explorateur des âmes, de la nature et du silence. Sur les murs, les formes s’alignent, les photographies captent des instants suspendus, comme autant de fenêtres ouvertes sur des passés inconnus. Haizel invite à reconsidérer le banal, l’obsolète ou même ce qui a été abandonné. Chacune de ses œuvres est comme un fragment d’histoire dont il n’offre que des indices, laissant le spectateur libre de tisser sa propre interprétation. Dans cet espace singulier, des artefacts aux apparences banales se révèlent chargés de mémoire.
Ce qui frappe le plus chez ce doctorant en beaux-arts à l’Université des sciences et technologies Kwame-Nkrumah de Kumasi, c’est son processus de travail. Avec une patience infinie, il observe, dissèque, assemble et réassemble, jusqu’à ce que l’œuvre ou l’image révèle autre chose que sa simple matérialité. Kelvin Haizel aborde la création comme un poète, jouant sur la subtilité, le non-dit, l’écho entre le visible et l’invisible. Il se fait guide, ou peut-être passeur, suggérant plus qu’il n’impose et créant un espace où le spectateur devient, lui aussi, un explorateur de mémoires. Ses œuvres ne sont pas des représentations simples. C’est un voyage où l’invisible s’insinue, où la poésie de l’éphémère se mêle au mystère de l’intime.
Ses œuvres, exposées en Afrique, en Europe et aux États-Unis, rappellent l’héritage des grands maîtres de l’époque moderne qui, dans leur effacement du sujet, cherchaient un sens plus profond. Haizel nous entraîne dans un monde où le réel et l’imaginaire se frôlent, se parlent. L’artiste ne se contente pas de représenter la mémoire, il la questionne pour conduire à une réflexion plus large sur le sens des choses.
Rym Abouker

