L’exposition « Chaïbia/CoBrA : Au croisement des Libertés » relance notre compréhension de l’œuvre de l’artiste marocaine.
En marge de l’exposition « CoBrA : Un serpent à multiples têtes », le MMVI présente l’exposition « Chaïbia/CoBrA : Au croisement des Libertés » illustrant les possibles convergences entre l’artiste marocaine et un mouvement avant-gardiste européen qui met au centre de ses préoccupations la spontanéité du geste créateur. Accompagné de documents d’archives dont de nombreuses coupures de presse internationales, l’exposition, sous le commissariat de Salima El Aissaoui, entend éclairer la réception qui fut celle de Chaïbia par des artistes tels que Corneille ou Alechinsky qui reconnurent en elles une alter ego. Certains critiques d’art tel qu’Alain Flamand refusent pourtant cette parenté, ce dont témoignent des extraits de textes souvent savoureux !C’est pourtant par l’entremise du critique Pierre Gaudibert que Chaïbia rencontre dans les années 1960 la galeriste Cérès Franco qui l’exposera, dans sa galerie parisienne L’Œil de Bœuf, pendant une vingtaine d’années – de 1973 à 1992 – , comme en témoignent plusieurs affiches ou photographies d’archives. « La rencontre s’est faite d’abord entre Corneille et Chaïbia, précise Salima El Aissaoui, lors de sa première exposition au Goethe Institut de Casablanca, commissariée par Pierre Gaudibert. Par la suite, elle exposera à la galerie Solstice à Paris, puis chez Cérès Franco qui était la compagne de Corneille et qui aimait montrer des artistes atypiques, de l’art brut ou extra-occidentaux dont Cherkaoui. »

Effervescence créatriceDes œuvres issues de la Collection de la Coopérative – Musée Cérès Franco, jamais montrées au Maroc, ponctuent une exposition dense et didactique. Plusieurs gouaches sur papier marouflée réalisées autour de 1965 témoignent de l’effervescence créatrice de la peintre dont les aplats de couleur, souvent cernés de noir, font littéralement chanter la toile. D’autres toiles, plus connues, issues notamment des collections de la Fondation Nationale des Musées ou du Ministère de la Culture, telles que Les écoliers (non datée) ou La joie du Sahara (1976), expriment, à travers leurs couleurs qui semblent bondir du tube, une allégresse communicative. Un texte peu connu de Corneille, daté de décembre 1973, traduit avec lyrisme l’émerveillement qui fut partagé par la plupart des membres de CoBrA devant une peinture affranchie de tout académisme : « Jeunesse de Chaïbia, vision spontanée, non altérée, non édulcorée, qui jaillit, qui naît, qui coule de source. Tout naturellement cela sort d’elle comme les feuilles qui sortent des bras noirs, nus des arbres, après l’hiver. » On ne boude pas son plaisir !Olivier RachetExposition « Chaïbia/CoBrA : Au croisement des Libertés », Musée d’Art Moderne et Contemporain Mohammed VI, Rabat, jusqu’à fin mars 2025


