Londres, Hong Kong, Venise, Édimbourg, New York… Ibrahim Mahama est partout cette année ! Encore accessible aux enchères, l’artiste ghanéen pourrait voir sa cote flamber sous l’effet de ces expositions qui promettent d’accroître la demande.
Célébré mondialement pour ses installations monumentales utilisant des matériaux peu conventionnels tels que sacs de jute, vieilles chaussures ou anciens rails, le talentueux artiste ghanéen Ibrahim Mahama tisse des liens fascinants entre l’histoire de son pays et les dynamiques commerciales, politiques et économiques mondiales. Ses œuvres séduisent les collectionneurs occidentaux passionnés de support-surface, d’Arte povera ou des empaquetages spectaculaires de Christo et Jeanne-Claude, tout en explorant de nouvelles perspectives sur la mondialisation, le travail collectif et les systèmes d’exploitation.
Souvent comparé à Christo et Jeanne-Claude pour ses installations textiles enveloppant des bâtiments, Mahama a marqué les esprits à la 56e Biennale de Venise (Out of Bounds, 2015), à Milan (2019), en Allemagne (2023), et cette année à Londres avec une commande pour le Barbican Center, un centre d’art situé dans un quartier autrefois animé par les marchands de tissu et les couturiers. Intitulée Purple Hibiscus, l’œuvre habillait les 2 000 m2 de façade du Barbican d’un tissu violet tissé à la main et orné de robes ghanéennes traditionnelles (batakaris), mobilisant un millier de personnes pendant plusieurs mois. Un véritable tour de force qui lui a valu d’importantes retombées médiatiques.
Depuis sa première exposition internationale à la Saatchi Gallery de Londres en 2015 (Pangea II New Art from Africa and Latin America) et sa participation à la Biennale de Venise la même année, Ibrahim Mahama a vu sa carrière exploser. De Tel Aviv au Kunsthal Charlottenborg de Copenhague (2016), en passant par Athènes et Kassel lors de la Documenta 14 (2017), les biennales de São Paulo et de Lagos, ainsi que les grandes foires telles que 1-54 et Art Basel avec la White Cube en 2023, Mahama est partout !

L’année 2024 marque un tournant décisif. Alors qu’une exposition exceptionnelle se termine en Italie à la galerie Apalazzo (Italie), qui le représente depuis 2014, la White Cube (qui le représente au Royaume-Uni depuis 2015) s’apprête à dévoiler une exposition personnelle d’Ibrahim Mahama à New York. Cet événement promet d’être marquant, à peine six mois après que l’artiste a remporté le prestigieux prix Sam Gilliam de la Dia Art Foundation pour sa contribution ambitieuse à l’art contemporain.
Une percée imminente en Asie ?
À 37 ans, Ibrahim Mahama a déjà vu une quarantaine de ses œuvres passer sous le marteau des plus grandes maisons de ventes occidentales. Le prix le plus élevé, 105 800 $ pour une œuvre en jute de plus de six mètres (Chale Wote, 2014, Sotheby’s Londres, 2018), reste une exception, mais les cinq œuvres vendues cette année ont trouvé preneur entre 15 000 et 35 000 $. Ibrahim Mahama est encore abordable sur le marché secondaire, mais cette situation pourrait bien changer.
Le marché asiatique semble être la prochaine grande étape. Ibrahim Mahama n’est pas inconnu en Chine, ses œuvres ayant déjà intégré la K11 Art Foundation à Hong Kong, la Longlati Foundation et le Long Museum, tous deux à Shanghai, et a été sélectionné au printemps dernier pour une exposition-vente organisée chez Christie’s avec l’équipe de la foire 1-54, qui souhaite s’ouvrir au marché asiatique.
Hong Kong, bien que récemment refroidi par la crise immobilière chinoise, reste un carrefour incontournable pour les collectionneurs de Chine, Corée du Sud, Japon et Inde. Des artistes africains et diasporiques comme Julie Mehretu (9,3 millions $, Sotheby’s Hong Kong l’année dernière) et Amoako Boafo (3,4 millions $, Christie’s Hong Kong en 2021) ayant déjà vu leurs œuvres puissamment revalorisées sur place, Ibrahim Mahama pourrait bien être l’un des prochains à capter ce marché dynamique.
PAR CÉLINE MOINE, ARTMARKET BY ARTPRICE.COM