Mohamed Ben Slama : la peinture comme théâtre

Le peintre tunisien Mohamed Ben Slama, dont l’exposition « Naissance du monstre » est visible jusqu’en janvier 2025 à Tunis,  déploie un univers sombre et tragi-comique peuplé de personnages étranges. Il nous reçoit dans son atelier. 
C’est un homme affable mais critique sur le monde de l’art qui nous accueille au sein de son atelier situé à une quinzaine de minutes du centre de Tunis. « Je n’aime pas le monde de l’art : son marché, ses collectionneurs, ses galeries », nous confie-t-il d’emblée comme par provocation, regrettant que l’artiste « ne soit plus au centre ». Misanthrope Mohamed Ben Slama ? Plutôt lucide sur les ressorts de la comédie sociale à laquelle nous participons tous de près ou de loin. De là provient sans doute sa fascination pour le théâtre dont il adopte souvent le dispositif scénique dans des tableaux peints, la plupart du temps, à l’huile. Une assemblée hétéroclite de personnages, parfois masqués comme dans les peintures de Yassine Balbzioui auquel il fait penser, font face au spectateur. « Je suis comme un tyran qui les oblige à jouer une pièce à sa gloire », s’amuse-t-il, en revendiquant le caractère toujours « tragi-comique » des scènes représentées. Cette peinture, séduisante et énigmatique de prime abord, requiert attention et observation compte-tenu de ses nombreux détails dont la dimension allégorique semble toujours quelque peu nous échapper. Elle se donne moins à voir qu’elle n’invite à un lent travail d’interprétation comme pour les rêves. Toujours impertinent, l’artiste avait imaginé organiser une exposition dans laquelle les tableaux auraient été enfermés dans des coffres-forts : « Pour voir le tableau, fanfaronne-t-il, il aurait fallu l’acheter ! » 

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Sortir de la toileL’exposition « Naissance du monstre » qu’il présente actuellement à la Boîte, Centre d’art contemporain fondé en 2007 au sein du groupe Kilani, condense toutes les lubies de l’artiste. Le spectateur est tout d’abord invité à arpenter une scène théâtrale au fond de laquelle se trouve un retable encadré par deux rideaux rouges. En s’approchant, un dispositif automatique déclenche l’ouverture du retable déployant deux panneaux latéraux et un panneau central sur lequel d’étranges personnages sont regroupés. Au centre, une femme est agrippée par un homme-sirène à l’allure menaçante ; l’une de ses mains porte la tête décapitée d’une cantatrice chantant l’Agnus Dei. Féru de contes, de légendes et de textes religieux, Mohamed Ben Slama dit avoir voulu mettre en scène les 4 chevaliers de l’Apocalypse, qui sont ici au nombre de trois. « Chacun porte un monstre en soi », nous confie-t-il sibyllin, comme une invitation à laisser se déployer notre imagination et notre réflexion. Cette peinture réussit surtout à mêler les références les plus diverses, empruntant aussi bien son univers et ses motifs au monde du dessin animé qu’à la peinture expressionniste d’un Max Beckmann avec lequel il partage un même sentiment d’inquiétude face à un monde qui se délite. Mohamed Ben Slama continue d’imaginer des dispositifs de peinture qui lui permettraient, selon ses mots, de « sortir de la toile ». Il diversifie les supports, travaillant aussi bien le bois, le cuivre qu’il prend plaisir à marteler ou de simples coraux qu’il organise autour d’un tableau comme des mosaïques. « J’aime bien le côté artisan de la peinture », ajoute-t-il en nous montrant une série de boîtes qu’il aimerait peindre en y ajoutant, comme dans un manège, des figurines qui s’animeraient. Le monde reste un théâtre, plus ou moins désenchanté ! Exposition « Naissance du monstre » de Mohamed Ben Slama, La Boîte, Espace d’art contemporain, Tunis, jusqu’au 17 janvier 2025

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