Paris : une renaissance dynamique

Paris en a longtemps rêvé, c’est désormais une réalité : la Ville Lumière reconquiert une position clé sur le marché mondial. L’ancrage de la foire Art Basel, la présence accrue des maisons de vente et des plus grandes galeries internationales ont revitalisé la scène française.

Après le Brexit, Londres est devenue insulaire et Paris plus attractive. Les collectionneurs et les marchands, qui ont cherché à éviter les complications liées aux douanes et aux taxes en favorisant les transactions au sein de l’Union européenne, ont redonné à la capitale française son statut de destination privilégiée. Les maisons de ventes, comme Christie’s et Sotheby’s, ont fait de même en intensifiant leur présence à Paris pour capter une partie du marché qui se détournait du Royaume-Uni. Sans compter le rachat de Cornette de Saint Cyr par Bonhams, qui a lui aussi contribué à faire augmenter le volume des transactions internationales dans la capitale française. Forte de cette vitalité retrouvée, Paris n’a pas manqué d’attirer l’incontournable foire Art Basel tout en multipliant les projets d’envergure, de l’installation récente de la collection Pinault au sein de la Bourse de commerce à la rénovation en cours du Grand Palais. L’heure est donc à l’optimisme, y compris au niveau local où la demande suit la même tendance croissante.

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Le galeriste suisse Hauser & Wirth s’est installé à Paris en 2023, occupant quatre étages d’un immeuble haussmanien situé dans le triangle d’or du luxe et de l’art
© Hauser & Wirth

L’arrivée du Brexit coïncide aussi avec l’installation de géants tels que David Zwirner, Gagosian, White Cube, Continua et Hauser & Wirth à Paris. Cette vague d’ouverture a redynamisé le marché hexagonal, qui peinait à retrouver de l’élan avant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. L’ancrage de ces galeries internationales est un facteur clé pour attirer les grands collectionneurs et d’autres acteurs majeurs du marché.

Gagosian, le titan américain, se déploie en 2021 en ouvrant un nouvel espace Place Vendôme, attirant une clientèle très fortunée au cœur de Paris. De son côté, Almine Rech, après avoir ouvert sa première galerie parisienne au début des années 2000, a déménagé dans un espace plus spacieux et rénové en 2013 puis ouvert, en 2021, un deuxième espace parisien avenue Matignon, avant de doubler sa surface l’année suivante, consolidant ainsi sa position sur le marché. Hauser & Wirth, la prestigieuse galerie suisse, a marqué son entrée à Paris en 2023, en inaugurant un espace spectaculaire dans un hôtel particulier haussmannien près des Champs-Élysées. Enfin, la Galerie Templon, une icône parisienne, a intensifié son impact global en 2020 avec des expositions ambitieuses qui captent l’attention internationale. Désormais, Paris ne se contente pas de suivre les tendances : elle les façonne, affirmant ainsi son rôle sur la scène artistique mondiale.

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Adrian Ghenie, The Flight into Egypt I, 2008, huile et acrylique sur toile, 200 x 320,5 cm

Le choix payant d’Art Basel

En s’imposant comme une étape incontournable du circuit des grandes foires d’art, Art Basel Paris a propulsé la ville au rang de centre névralgique mondial de l’art contemporain. Sa première édition, en octobre 2022, a attiré environ 40 000 visiteurs au Grand Palais, contre 70 000 à Bâle ; mais Paris+ par Art Basel ne cherchait pas à battre des records de fréquentation. Au contraire, elle misait sur l’expérience et le confort des acheteurs les plus prestigieux, un choix qui s’est avéré payant. À la fin de cette première édition, plusieurs grandes galeries avaient enregistré des transactions surpassant celles réalisées lors de la FIAC.

Le galeriste David Zwirner a, par exemple, vendu un tableau de Joan Mitchell pour 4,5 millions d’euros, tandis que Kamel Mennour écoulait un Giacometti pour 2,7 millions et Hauser & Wirth réalisait une vente de 2,6 millions pour une œuvre de George Condo. Luhring Augustine a également vendu un Christopher Wool pour 1,5 million. Ces chiffres illustrent la puissance d’Art Basel et sa capacité à attirer les collectionneurs les plus influents du globe. En outre, Art Basel Paris a insufflé une nouvelle dynamique au marché local, stimulant l’activité dans les galeries comme dans les ventes aux enchères organisées autour de l’événement.

Dans un monde de l’art mondialisé et ultraconcurrentiel, le marché de l’art français bataille depuis des décennies. Dans les années 50, la France brillait comme un phare culturel, avec Paris en tête d’affiche, rivalisant avec New York. Mais dès les années 60 et 70, la scène artistique s’est déplacée vers Londres et surtout New York, redéfinissant les capitales de la créativité et de la richesse matérielle. Pour voir le marché parisien reprendre du galon, il a fallu attendre 2021, année où les ventes d’œuvres aux enchères ont franchi le seuil historique du milliard de dollars.

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Julie Mehretu, Blue Magic, 2007, acrylique, encre de Chine, graphite et collages de papiers peints sur toile montée sur panneau,
152,5 x 213,5 cm. © Christie’s

Un coffre-fort d’œuvres d’art

Au-delà du simple sursaut, c’est le signe clair d’une renaissance dynamique. La France est un véritable coffre-fort d’œuvres d’art, avec plus de 100 000 pièces mises aux enchères chaque année. Ce patrimoine, marqué par des géants comme Picasso, Dali, Foujita et Zao Wou Ki, ne se limite pas aux œuvres de plusieurs millions, mais offre aussi des opportunités d’acquisition à des prix plus accessibles pour tous les collectionneurs. L’art contemporain, qui représente 10 % des ventes, s’épanouit avec des figures françaises comme Robert Combas, Jérôme Mesnager, Hervé di Rosa et Jean-Charles Blais, mais aussi des stars internationales telles que Shepard Fairey, Takashi Murakami, Keith Haring et Kaws.

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Robert Combas, Énée porte Anchise hors de Troie, 1988, acrylique sur toile, 271 x 226 cm. © Christie’s

Montée en gamme

Un autre point fort du marché français est son rôle pionnier dans la promotion de l’art africain. Cette tendance croissante se reflète dans les enchères dédiées chez Artcurial, Piasa, Millon mais aussi dans l’association de Bonhams à la foire AKAA-Also Know As Africa et de Christie’s Paris à la foire 1-54. La scène artistique africaine sur le marché français s’élargit au-delà des figures emblématiques comme William Kentridge et Chéri Samba, pour inclure des artistes de dizaines de pays divers tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Kenya et l’Angola. De ce point de vue, la place parisienne a joué un rôle précurseur.

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Joan Mitchell, Border, 1989, huile sur toile, 114,3 x 89,2 cm. Courtesy de la galerie David Zwirner

Le segment haut de gamme montre également des signes de dynamisme. Le nombre d’œuvres vendues au-dessus du million de dollars a bondi de près de 80 % par rapport aux années 2011-2014 et les ventes supérieures à 10 millions de dollars se multiplient depuis 2017, un domaine autrefois dominé par Londres et New York. La vente de la collection Anne & Wolfgang Titze, intitulée « Love Stories », a récolté quelque 27 millions de dollars cette année, avec des pièces emblématiques comme Blue Magic de Julie Mehretu (3,9 millions d’euros) et The Flight into Egypt I d’Adrian Ghenie (3,6 millions d’euros). Cet événement a attiré des collectionneurs de 26 pays différents, soulignant l’attrait mondial du marché parisien pour des œuvres majeures.

Certes, cette vente reste une réussite ponctuelle face aux multiples sessions de prestige qui rythment l’année à Londres, New York ou Hong Kong. Le marché de l’art français n’a pas leur position dominante, mais ses récentes performances – avec une hausse des ventes de 72 % sur la décennie et un flux historique de transactions – démontrent qu’il est loin d’être marginalisé. Paris nous promet encore bien des surprises et peut-être un avenir rayonnant à l’horizon

PAR CÉLINE MOINE, ARTMARKET BY ARTPRICE.COM

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Jean-Charles Blais, Loin vite, 2019, huile et fusain sur collage d’affiches, 117,4 x 101 cm.© Christie’s