Les photographes Brahim Benkirane et Alexandre Chaplier présentent leur dernier projet commun : Ralentir / Kheffef / Slow-up en forme de road-trip engagé à la Galerie de l’Institut français de Rabat.
Une délicate odeur de menthe embaume la pièce. Quelques riffs de guitare électrique jouent tantôt Highway to Hell ou Stairway to Heaven, indémodables tubes – aux destinations diamétralement opposées – avant de se confondre avec le doux ronronnement des moteurs et les cahots de vieilles guimbardes… Immersion dans la bande originale des voyages d’enfance du photographe Brahim Benkirane.Avec son compagnon de route, l’artiste plasticien et photographe, Alexandre Chaplier, ils font une halte à la Galerie de l’Institut français de Rabat, le temps de présenter leur dernier projet commun : Ralentir / Kheffef / Slow-up. Une exposition aux allures de plaidoyer. Un road-trip photographique qui invite à prendre le temps, à savourer la beauté des paysages et des rencontres fortuites, aux bords des routes oubliées.

Un road-trip aux dimensions nostalgiques Pendant près de quatre ans, les deux photographes ont sillonné, à 60 km / heure, les routes nationales du Royaume, de Tanger à Agadir et de Safi à Oujda, afin de se rendre disponibles à l’inattendu et s’offrir le luxe de la contemplation. Si Brahim Benkirane ne nie pas la “dimension nostalgique” de leur travail, il convie à une “prise de conscience” collective et invite à “régulièrement lever la tête du guidon, pour sortir des autoroutes de nos vies”.

Un mantra que les photographes ont transposé jusque dans la scénographie audacieuse de l’exposition. Alexandre Chaplier a ainsi documenté les pauses, tandis que son acolyte s’est concentré sur les trajets et les paysages. “Rapidement, nous avons senti que nos travaux devaient être présentés sur deux plans”, précise Brahim Benkirane. La route, infinie, sur des noirs et blancs texturés, en arrière plan, entrecoupée de portraits colorés et chaleureux, de scènes d’un quotidien hors du temps et de l’espace, dans “un in-between” incertain. Comme les photographes, les spectateurs peuvent ainsi “choisir de suivre la route ou s’arrêter sur leur gauche pour prendre des pauses.” Les images de Chaplier sont montées sur des “formes de totems, des panneaux métalliques”, imitant la signalétique routière, tandis que le bitume immortalisé par Benkirane avale des pans de murs. “Nous nous sommes vraiment mis en danger cette fois-ci : c’est la première fois que nous publions sur des vinyles monumentaux, des supports métalliques, ou suspendus, qu’on utilise de la musique, de la vidéo”, annoncent les artistes, qui présentent un voyage sensoriel.

Les deux photographes qui assument “le même humour potache”, signent leur première collaboration avec ce projet au long court. Mais derrière les clins d’œil et allusions humoristiques dissimulés ici et là dans les recoins de l’exposition, leur travail aborde avec poésie la tragique désertification des territoires et milite “pour un développement plus intégratif”.Les hommes face aux mutations effrénées de leur environnement sont au cœur de leur propos et nourrissent déjà les réflexions de leur prochaine collaboration. Le chemin est encore bien long, mais ils feront du temps leur allié… Houda OutarahoutRalentir / Kheffef / Slow-up, l’Institut Français de Rabat, jusqu’au 26 octobre 2024.



