Dans sa dernière exposition casablancaise, le peintre Yamou explore les potentialités picturales du paysage et renoue avec une abstraction philosophique des plus réjouissantes.
Yamou serait un peintre plus conceptuel qu’on l’imagine. L’exposition qu’il présente actuellement à la galerie L’Atelier 21, si elle semble de prime abord renouer avec la peinture de paysage, pose davantage la question du regard et de la perception qui lui est corollaire. Des toiles all over donnent à voir des paysages naturels rappelant des sous-bois ou une flore aquatique sur lesquels l’artiste aurait eu à cœur de zoomer. Des peintures prenant la forme de diptyques ou de triptyques confrontent, dans des variations d’échelle qui ne disent pas leur nom, une prolifération de motifs végétaux à des lignes d’horizon allant jusqu’à rappeler parfois des couchers de soleil romantiques. D’autres toiles à la verticalité affirmée ne sont d’ailleurs pas sans évoquer des paysages de montagnes escarpés, à la manière d’un Caspar David Friedrich.

Mais le paysage intéresse moins le peintre que le regard que l’on porte sur lui. Comme le suggèrent ces bandes présentant un nuancier de couleurs tirant la toile vers l’abstraction, seule la distance séparant le sujet regardant et l’objet de sa représentation a ici les faveurs de l’artiste. Ce qui est réfléchi, dans cette peinture prenant parfois des accents irréels ou quasi fantastiques, est non seulement l’expérience sensorielle du spectateur, mais aussi la prolifération des images dont les changements d’échelle sont incessants. Plusieurs huiles sur toile en forme de diptyques opposent ainsi deux espaces dont l’un dessine une flore sous-marine aisément identifiable et l’autre une vision microcellulaire.

Une toile étonnante donne peut-être la clé de la réflexion philosophique de Yamou qui s’interroge sur la nature même de nos perceptions. On y devine à l’arrière-plan un paysage évoquant un sous-bois, quadrillé au premier plan par la présence de barreaux suggérant des cadres de fenêtres. Quelque chose fait obstruction à la vision. La peinture ne serait-elle pas en passe de devenir, non une fenêtre ouverte sur le monde comme le pensait le théoricien de la Renaissance Alberti, mais une ouverture sur l’inéluctable disparition du vivant de nos horizons mentaux ? La question est abyssale. Olivier RachetExposition de Yamou, galerie L’Atelier 21, Casablanca, jusqu’au 26 octobre 2024
