Quatre livres à lire cet été pour réviser ses classiques

Pour vous accompagner cet été, la rédaction de Diptyk a sélectionné quatre romans graphiques passionnants qui pénètrent l’univers d’artistes aussi prodigieux que Kokoschka, Klein, Niki de Saint Phalle et Hockney. Bonne lecture ! 

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Un amour tumultueux

C’est une histoire passionnelle entre Oskar Kokoschka et Alma Mahler, la veuve du compositeur Gustav Mahler, que nous raconte le roman graphique de Max Vento, Kokoschka, Portrait d’un amour expressionniste. Nous sommes à Vienne, deux ans avant que n’éclate la Première Guerre mondiale. Kokoschka, surnommé par les uns « la terreur de la bourgeoisie » et par d’autres « le Freud de l’art », affronte l’incompréhension du public, malgré l’intérêt de collectionneurs visionnaires. La relation tumultueuse qu’il entretient avec son égérie, qui lui promet le mariage en échange de la réalisation d’un chef-d’œuvre, est l’occasion pour le lecteur de plonger dans la psyché tourmentée d’un artiste dont l’œuvre parle, selon ses mots, « d’un combat féroce entre l’esprit et le sexe… et c’est toujours le sexe qui gagne ». D’une écriture cinématographique haletante, n’hésitant pas à recourir à des montages alternés ou parallèles, ce roman graphique endiablé se lit aussi comme la genèse du chef-d’œuvre qu’est La Fiancée du vent, appelé aussi La Tempête : une huile sur toile représentant un couple allongé, aux prises avec des sentiments contradictoires que le livre restitue dans des vignettes à l’expressionnisme tout aussi torturé.

Max Vento, Kokoschka, Portrait d’un amour expressionniste, éditions Steinkis, 160 p., 270 DH

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Créer pour ne pas détruire

Retracer le parcours d’une artiste aussi atypique et prolifique que Niki de Saint Phalle n’est pas une mince affaire. C’est pourtant ce qu’accomplit brillamment le roman graphique de Sandrine Martin et Dominique Osuch réédité aujourd’hui, Niki de Saint Phalle, Le jardin des secrets. L’occasion est donnée au lecteur de mesurer la liberté créatrice d’une artiste autodidacte, en révolte contre sa famille et la société, mais qui sut trouver parfois l’apaisement au côté de l’artiste Jean Tiguely. Avec lui, furent conçues des œuvres d’une rare complémentarité : « Jean tout en métal, noir, dur et anguleux, moi, tout en courbes, blanc ou en couleur… », précise celle qui est aussi la narratrice du livre. D’une énergie débordante, dont témoignent ses sculptures monumentales de Nanas ayant contribué à sa notoriété, Niki de Saint Phalle était aussi à l’aise dans la peinture que le cinéma. Elle fut enfin animée d’une quête intérieure qui trouvera à s’accomplir dans ce Jardin des Tarots ouvert au public en Italie, dont les cartes divinatoires scandent les différents chapitres. Son ambition de mettre l’art « à la portée du passant » se concrétise aujourd’hui par la sculpture La machine à rêver que le visiteur peut contempler quotidiennement devant le Musée d’art moderne et contemporain de Rabat.

Sandrine Martin et Dominique Osuch, Niki de Saint Phalle, Le jardin des secrets, éditions Casterman, 184 p., 280 DH

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Le peintre du vide

Comme l’indique son titre, le roman graphique de Julian Voloj et Wagner Willian consacré à Yves Klein nous plonge en immersion dans une œuvre fulgurante. De son enfance niçoise, en compagnie de parents artistes, en passant par sa passion du judo ou la composition d’une symphonie basée sur un unique son continu – anticipant la monochromie picturale à laquelle son nom reste associé –, les principales étapes de l’existence sont racontées sur un rythme trépidant. Les pages consacrées à la recherche de ce qui deviendra une marque déposée, l’IKB (International Klein Blue), sont passionnantes, de même que l’évocation de ses expositions ou de ses amitiés avec les membres du Nouveau Réalisme. Mais le livre vaut beaucoup plus par ses inventions graphiques que par le récit de la vie de l’artiste, plutôt convenu. On apprécie notamment le réalisme magique auquel les auteurs recourent à l’occasion, les couleurs en aplats qui envahissent parfois la page ou l’esthétique du folioscope, dont l’attrait de Klein pour la performance porte témoignage ; à l’image de ce photomontage où l’on voit l’artiste accomplir un saut dans le vide pour se fondre dans ce bleu du ciel – « ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible » – qu’il rejoint à l’âge de 34 ans, des suites d’une crise cardiaque.

Julian Voloj et Wagner Willian, Yves Klein, Immersion, traduit de l’anglais par Laure Picard- Philippon, éditions Marabulles, 160 p., 380 DH

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Le sel de la solitude

C’est à un récit intimiste que nous convie le roman graphique de Monica Foggia et Giovanni Gastaldi, David Hockney, Le dernier peintre. À travers le regard d’un gardien de la Tate Britain, où en 2017 avait lieu une rétrospective consacrée au peintre britannique, nous est relatée la carrière d’un artiste hors pair dont le narrateur partage secrètement l’orientation homosexuelle. « La peur est juste un mur à abattre pour faire entrer la lumière », nous confie-t-il avec le regret de ne pas avoir eu l’audace de partir vivre lui aussi librement sa sexualité en Californie. Mais au-delà de cette tonalité mélancolique, les auteurs nous brossent le portrait d’un Hockney aux multiples talents, affrontant plusieurs défis formels : celui de représenter l’eau, car « les reflets sont des personnages », celui de peindre non de simples portraits mais les relations qui se tissent entre les personnages, ou celui de représenter le temps à travers le choix d’inverser la perspective. De facture plutôt classique, les vignettes s’aventurent parfois, avec talent, en direction des expérimentations du peintre : privilégiant souvent des couleurs vives, des cadrages démultipliés rappelant l’esthétique des joiners ou jouant des effets de perspective, comme dans l’installation interactive de collage vidéo Four seasons réalisée à partir d’un iPad. Le temps passe, mais l’esprit d’invention reste intact.

Monica Foggia et Giovanni Gastaldi, David Hockney, Le dernier peintre, traduit de l’italien par Isabelle Dubois-Eberle, éditions Eyrolles, 128 p., 250 DH

Olivier Rachet