Librement inspiré du film de Jim Jarmush, l’exposition « Only Lovers Left Alive » convie six artistes à déployer un univers vénéneux et hypnotisant.
Placer une exposition sous le signe du film mythique « Only Lovers Left Alive » de Jarmush n’est pas une mince affaire. L’exposition éponyme, curatée par Kenza Amrouk pour Kent Gallery, en relève le défi, dans une scénographie lugubre plutôt réussie.
Après une courte vidéo dans laquelle Jarmush en personne salue les Tangérois, les installations d’une blancheur fantomatique d’Itaf Benjelloun assemblant des matériaux hétéroclites évoquent des berceaux ou des lits mortuaires d’où surnagent quelques figures comme momifiées. Les cyanotypes sur papier de coton de Fatime Zahra Morjani, rebaptisés ici lumotypes et réalisés souvent à partir de feuilles de palmiers desséchées, semblent traquer une lumière qui s’absente.

Aquarelle sur toile, 32×24 cm, Courtesy
de l’artiste et de Gallery KENT
Beauté sanglanteTout fait signe vers une irréversibilité du temps qui passe que les deux principales installations de l’exposition – une couronne funéraire de Fatime Zahra Morjani et un tronc d’arbre fondu d’or de Mounat Charrat – suggèrent avec mélancolie. Les liens indéfectibles entre Éros et Thanatos sont ici revisités comme dans ces deux cœurs brodés et ligotés l’un à l’autre d’Isabel Moltó, une artiste madrilène fascinée par la carapace vert de jade ou rouge pourpre du scarabée. Dans des œuvres iconoclastes, Cristin Richard, originaire de Detroit où fut tournée la partie américaine du film de Jarmush, évoque une beauté sanglante qui se nourrit de sacrifices animaux. Seul un espoir de renouvellement des formes semble sauver le visiteur d’un monde à l’agonie dont témoignent le thème de la métamorphose abordé par Mounat Charrat redéployant l’univers cosmogonique qu’on lui connaît. Narjisse El Joubari surprend à travers des œuvres conçues à partir d’une conversation tenue avec une IA lui ayant conseillé de transposer son univers plastique en 3D. Only artificial lovers still alive ? L’exposition, faisant la part belle aux différentes nuances d’un rouge tout aussi passionnel que tragique, nous suggère que nous vivons la fin d’un monde dont l’amour aura été la clef. C’est d’une beauté désespérante.Exposition « Only Lovers Left Alive », Kent Gallery, jusqu’au 9 juin 2024, avec Itaf Benjelloun, Mounat Charrat, Narjisse El Joubari, Isabel Moltó, Fatime Zahra Morjani, Cristin Richard.

Dans mes veines, 2024
Bas-relief : métal, fragments sculptures
argile et aluminium, textile, plâtre.
1850x90x10 cm
Courtesy de l’artiste et de Gallery KENT